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Introduction

Ce que nous appelons la société est composée d’individus. Nous avons tous conscience de notre individualité et nous sommes tous différents. La conscience de cette différence s’exprime selon le fait que nous voulons être reconnu comme individu. Notre vie est rythmée par des choix, des projets, des décisions qui n’appartiennent qu’a nous. Nous avons la sensation que ceci est naturel et que ce système a toujours été là.

Pourtant ce sentiment d’être un individu est une donnée sociale : il existe une contrainte d’individualité. Chaque individu est sommé de se comporter comme un individu, d’avoir des opinions, des préférences et d’assumer tous ses choix (ex : tenue vestimentaire _ personne n’a envie d’être habillé comme quelqu’un d’autre). Cela remet en cause notre sentiment d’être individu (dans nos sociétés modernes l’individu est considéré comme responsable de sa situation. Cette idée d’individu libre est d’une grande importance politique (chacun son problème)).

Paradoxalement il n’y a rien de naturel dans le fait d’être individu. Etre un individu c’est se conformer à la contrainte et à un modèle social (donc ressembler aux autres) mais dans la réalité biologique c’est être unique de par son code génétique. Mais il faut noter qu’attribuer de l’importance à un individu sert dans certaines configurations mais pas dans d’autres : par exemple un soldat n’est pas considéré comme individu et n’a pas intérêt à l’être car il ne choisi pas son orientation et doit suivre les ordres, il ressemble à tous les soldats. La possibilité d’être un individu varie donc selon les sociétés et l’histoire de celles-ci.

Cette possibilité d’être un individu est aussi très liée à la différentiation sociale, c'est-à-dire au nombre et la spécialisation des groupes qui composent la société. Par exemple dans les sociétés primitives il existe peu de groupes différents donc la population est concentrée dans chacun de ces groupes et vous ne vous différenciez pas forcement de la majorité de la population (la différentiation est très faible). De plus le peu de groupe restreint nos choix et notre liberté d’action. Dans les sociétés modernes il existe beaucoup plus de groupes et donc la différentiation sociale est plus importante. On choisi son groupe par nos choix, nos orientations, et on a l’impression d’être libre.

Pour illustrer cette liberté on pourrait citer le fait que dans nos sociétés modernes on ne réglemente pas le mariage (malgré quelques limites : prohibition de l’inceste, etc.). Le mariage peut donc être exogène (extérieur au groupe d’appartenance) ou endogène, c’est l’expression du choix individuel. Dans certaines sociétés (pas forcément primitives) il y a un système de castes et il est interdit de choisir un conjoint extérieur à sa caste, on parle d’endogamie pour désigner le fait que les personnes se marient avec un conjoint de même situation sociale. Il faut noter cependant que dans nos sociétés il existe toujours des mariages arrangés malgré le libre choix, on a le droit de choisir la conjointe que l’on veut mais il arrive le plus souvent qu’on le fasse par intérêt…

On peut donc commencer par définir deux types de groupes :
. Groupes statutaires : groupes réglementés, imposés (la personne ne choisi pas son groupe) et qui imposent des comportements avec obligations et interdits (ex : société de caste). Ce sont des groupements de loi faciles à repérer et quantifier.
. Groupes de fait : groupes qui n’existent pas dans le droit et présents dans les sociétés complexes. Ces groupes ont une existence réelle mais sont sans réglementation et par conséquent difficilement repérables et quantifiables.

Les formes principales de la différentiation sociale

Un individu peut appartenir à un ou plusieurs groupes. Par exemple on peut appartenir à une famille nucléaire ou élargie et en même temps à un groupe ethnique (français, breton, etc.)
On peut se mettre dans un groupe par engagement (idée politique, etc.) ou y être mis d’office (classe sociale étudiante, etc.)
On peut s’interroger sur la réalité des différents groupes.
Groupes nominaux : groupes désignés, artificiels, et que peut prendre une réalité dans le temps.
Groupes réels : groupe objectif, qui part d’une situation objective, l’individu a toujours un fort sentiment d’appartenance à ce type de groupe.  


Les individus ont des situations différentes dans la société en fonction de leur sexe, leur age, leur niveau de diplôme, etc. Ils auront ou non accès à certains biens (prestige, richesse).
Le savoir est source de prestige mais la richesse y contribue aussi. Mais il faut savoir que le prestige est source de richesse lui-même. Donc ces différents biens sont interchangeables. Si l’on en possède un alors on possèdera l’autre. Ce sont les inégalités sociales : les individus selon leur groupe, leur richesse, … auront des situations plus ou moins enviables pendant leur vie et auront beaucoup de mal à en changer.  

Il existe aussi l’inégalité de pouvoir, 1ère et plus importante forme d’inégalité. « Le pouvoir est la chance de pouvoir faire triompher la volonté au sein d’une relation sociale », disait M. Weber. En d’autre termes c’est la capacité à se faire obéir, à faire faire aux autres ce que l’on veut. La répartition du pouvoir est une inégalité fondamentale que l’on retrouve dans toutes les sociétés. Cette inégalité de pouvoir est souvent liée aux inégalités sociales.

Les individus qui possèdent prestige, richesse, pouvoir occuperont très souvent des fonctions prestigieuses et possèderont un capital de savoir très important. Il n’y a pas d’inégalité naturelle. Toutes ont une origine sociale.

Il existe cependant des différences naturelles qui peuvent conduire à un certain nombre d’inégalités : sexe, couleur de peau, etc. Selon les sociétés un même critère naturel va recevoir une signification différente.

Il faut maintenant noter que chaque société à son principe d’hiérarchie. Par exemple dans certaines on a le pouvoir quand on est fort, dans d’autres on l’a quand on est sage, etc.

Dans les sociétés industrielles les inégalités dominantes s’expriment en dehors des inégalités primaires (sexe, âge). Elles sont fonction de l’appartenance à un groupe : noblesse, bourgeoisie, clergé, classe populaires, etc. Ces différents groupes sont hiérarchisé (stratification sociale), et développent un univers culturel propre. En fonction de ces groupes on a plus ou moins de richesse, de pouvoir, etc.

On voit donc bien que l’égalité des chances est une valeur utopique qui n’existe pas dans les faits. Nous naissons égaux mais ne le sommes pas.

Pour expliquer ces différences on peut se justifier par différents arguments : il y a tout d’abord l’idée qu’un individu mérite sa situation par ce qu’il a fait, les efforts qu’il a fourni, par ses compétences intellectuelles, par son appartenance à un bon groupe, etc. Un ordre social est donc considéré comme naturel.
Dans les sociétés démocratiques il convient de laisser croire que tout le monde peut s’en sortir, qu’il y a une grande égalité de chance, que l’on peut facilement monter dans la hiérarchie sociale. Or, dans les faits ce n’est pas vrai : le problème est que ces inégalités sont légitimées et apparaissent normales à tout le monde dans la société. C’est ainsi que les dominants conservent leur pouvoir (en le rendant légitime au yeux des dominés). Les personnes qui se manifestent contre ces inégalités se font saquer le plus souvent (prison, etc.).

« On peut tout faire avec les baïonnettes, mais on ne peut s’asseoir dessus »
                                    Napoléon III

 


Bouglé a défini les castes. Une société est soumise au régime de caste sous trois conditions :
. Spécialisation héréditaire : on hérite de la caste de nos parents, cela impose un monopole (personne ne peut y venir) et un devoir (profession obligée) envers la profession familiale. Les castes sont donc des groupes fonctionnels. A l’opposé des groupes ethniques ces groupes existent autour de l’exercice d’une fonction.
. Hiérarchie : les castes sont superposées les unes au dessus des autres. Chacun a une place dans la société et on parle de stratification sociale.
. Esprit de caste : se traduit par des tabous (répulsion des autres castes (aucun contact) et commencalité (ne doit pas manger avec les autres castes – les puits sont réservés à une caste)). Cet esprit implique une endogamie très forte car tous se maintiennent dans le même groupe.

Nous sommes en présence d’un groupe fermé, lorsque l’on rentre dans une caste on n’en ressort qu’a la mort, exception faite pour faute grave, auquel cas on se retrouve hors caste.
La société de caste ne connaît donc pas la mobilité sociale, nous avons affaire à une immobilité intergénérationnelle. Cette structure sociale est immuable et vouée à se reproduire à l’identique. L’individu ne peut influer sur son destin.

La société de caste indienne est régie par le Dharmaçâstra, ensemble de textes religieux qui règlemente le système de caste par le principe d’hiérarchie. Cette hiérarchie est entièrement religieuse et non économique ou guerrière. Les Brahmanes ne sont pas les plus riches mais sont les plus respectés, les plus purs, les plus sages, … Les Cudras sont les plus impurs, etc.
Le Dharma explique la division de la société indienne en 4 castes principales, les Varnas, qui seraient issues de la division de l’homme cosmique primordial.
De sa tête serait issue la caste des Brahmanes, de ses bras les Kshatriyas et les Vaiçyas, et de ses pieds les Cudras.

La hiérarchie des castes est donc rendue légitime par une préférence religieuse. Les individus acceptent leur destin comme le résultat d’un ordre à la fois naturel et divin. Il leur est donc inutile de se révolter.
La métempsychose (vie de l’individu) est fonction de ce qu’il a fait dans une vie antérieure. Si il a été mauvais durant cette vie il se retrouve réincarné en bas de l’échelle. Les individus ont le sentiment de mériter leur appartenance à une caste.

Quelques remarques :
. Le Dharma à été écrit par des Brahmanes, ce qui explique pourquoi ils se retrouvent en haut de la société, et pourquoi ils ont intérêt à imposer la validité de ces textes.
. Le principe d’hiérarchie est toujours imposé par les personnes les plus hautes.
. Les Brahmanes ne dirigent pas le pays, ils délèguent cette tache au Kshatriyas. Mais ils restent tout de même les personnes dominantes, les plus respectées et respectables. La raison est que ce serait faire preuve d’impureté de s’approprier le pouvoir.

Dans nos sociétés c’est idem, le dominant est le gros actionnaire et le dirigeant est l’homme politique.

La réalité des castes est bien plus complexe que ne laisse entrevoir les textes : il existe des formes de mobilité sociale : disparition de la caste, apparition de la caste, mariages exogames. Il existe comme nous l’avons vu quatre Varnas mais il existe aussi une multitude de Jati, qui sont en quelque sorte des sous castes. En 1871, lors d’un recensement colonial l’Angleterre en dénombre 25 000.

L’hypothèse du Dharmacastra concernant ces Jatis est qu’elles résultent de l’union de classes différentes. L’immense majorité des Jatis n’est pas mentionnée dans les textes religieux car elles sont une création récente. Au Bengale en 1911 il y avait 646 Jatis mais il se trouve que 30 seulement sont mentionnées dans les textes. 616 Jati sont donc des créations de l’être humain. On peut aussi noter une certaine instabilité des déclarations d’appartenance à une caste, ce qui peut inférer dans la tendance actuelle à l’augmentation des Jatis.

Comment crée t on des castes ? Le plus souvent par revendication (ex : des pêcheurs disent être commerçants car ils vendent aussi le poisson qu’ils pèchent), mais aussi lors d’un changement de région. Une caste peut donc être définie par l’appartenance régionale, religieuse ou professionnelle.

Lors des recensements les indiens revendiquaient une caste plus prestigieuse. Le problème à ceci était le refus des castes supérieures à les laisser accéder à leur caste. Il s’est donc mis en place des barrières.
Comme exemple chez nous la difficulté d’accéder à un diplôme donne du prestige a celui qui l’a. Le bac d’aujourd’hui a beaucoup moins d’importance que le certificat d’étude pour nos grands parents.
Plus un groupe à une situation élevée dans la hiérarchie plus il a intérêt à ce que la mobilité sociale soit inexistante. Ceci est vrai pour toutes les sociétés.

A quoi servent les textes dans ce cas ? Qui a intérêt à les appliquer ? Tout le monde sauf les Cudras. Les Brahmanes par-dessus tout ne veulent pas, mais par exemple les Vaicyas non plus n’ont pas intérêt à ce que les Cudras bougent, etc. Cela nuirait à leur prestige.
Qui a intérêt à ne pas l’appliquer ? Tout le monde sauf les Brahmanes.

La définition de Bouglé n’est donc pas respectée. Elle n’est pas conforme à la réalité mais nous permet de penser la réalité. Nos sociétés sont aussi des sociétés de castes sans l’être réellement : on retrouve l’esprit de caste, la répulsion des autres et une solide hiérarchie.


Le modèle de caste a donc plus une valeur de référence que bonne réalité. On peut décrire un certain nombre de comportement qui appartiennent à une caste : l’endogamie et l’hérédité sociale.
Le système de caste est un bon moyen de se représenter la réalité mais il ne lui correspond pas totalement, sinon il ne serait utilisable que sur une seule société.

La société d’Ordre

Un ordre est surtout un rang / un état. Ce système s’est surtout développé en Europe entre le 14ème et le 18ème. La population se divisait en 3 ordre principaux, hiérarchisés et fonctionnels. Chacun de ces ordres avaient une position et une fonction :
1.    Clergé : ceux qui prient
2.    Noblesse : ceux qui se battent et dirigent
3.    Tiers Etat : ceux qui travaillent

Dans cette société c’est la noblesse qui a le pouvoir mais le clergé est symboliquement mis au dessus d’elle.

Il existe aussi une hiérarchie à l’intérieur même des ordres (cardinaux, archevêque, diacre, etc.). La structure hiérarchique de la société d’ordre s’organise principalement autour de l’appartenance ou la non – appartenance à la noblesse.
On retrouve le même phénomène que dans la société de caste : le statut est déterminé par la naissance. Si on naît noble on restera noble jusqu'à la fin de sa vie, etc. Ce système ne permet à priori aucune mobilité sociale : on garde le même statut de la naissance jusqu'à la mort. Il est tout de même plus souple que celui de la société de caste : le clergé ne peut avoir de descendant, par conséquent il est obligé d’accueillir de nouveaux membres, qu’ils soient nobles ou paysans, aux fil des années. Cela représente quand même un espoir pour les plus démunis car ils peuvent améliorer leur conditions en rentrant à l’Eglise mais cet espoir est purement individuel : la famille n’est profite pas. Signalons au passage que l’ordre d’origine du personnage influera sur la position qu’il occupera dans le Clergé.
Dans la société d’ordre le principe d’hiérarchie est la dignité, l’honneur. A la naissance on hérite de sa famille d’une dignité qui fixera notre niveau social.
Dignité : valeur que tous accordent à une famille ou un individu (le regard des autres).

Cette hiérarchie repose donc sur un consensus : tout le monde sait que les nobles sont plus honorables que les autres. Ceux qui ont le plus de dignité font partie de la noblesse d’épée (militaire). Cette dignité militaire a pour origine la société féodale, qui a connu de nombreuses guerres. Chaque petit chef défendait son fief et rien ne stabilisait la société. Celui qui était capable de manier les armes jouissait d’une grande considération. C’est à partir de ce phénomène que les guerriers se sont vus attribuer un grand prestige. L’état est ensuite apparu pour pacifier le tout, les seigneurs et guerriers se sont vus soumis mais il s’avère qu’ils n’ont rien perdu de leur noblesse, et par le sang les descendants resteront nobles avant tout. Ce phénomène existe toujours : les nobles de familles anciennes tiennent encore à montrer qu’ils appartiennent à des familles nobles. Dans cette société d’ordre, la richesse n’a pas d’importance. Ce qui compte c’est l’honneur. Un noble déchu restera noble. Un bourgeois restera toujours un roturier.
Pourtant le fait d’être noble octroie de nombreux avantages : aucun impôt, aucune taxe, le roi peut allouer une rente qui constitue une rentrée d’argent permanente pour le noble.

Dans la société d’ordre on trouve comme dans la société de caste de l’endogamie et de l’hérédité sociale. Notons quand même que l’on retrouve toujours le cas dans nos sociétés contemporaines : une fille de bonne famille qui présente un roturier à ses parents sera mal vue.

La structure sociale de la société d’ordre est relativement souple : les possibilités de mobilité sociale existe. Cette souplesse est un élément important de sa stabilité.
Les formes de mobilité sociale dans les sociétés d’Ordres :

. Mobilité vers le clergé : relativement peu important car ne s’inscrit pas dans la génération

. Mobilité par le mariage : tendance forte à l’endogamie mais également hypergamie féminine (par exemple un noble ruiné va marier son fils avec une riche bourgeoise en l’échange d’une dot). Ce type de mobilité est intéressant pour la bourgeoisie : elle achète en quelque sorte un titre. Plus on avance dans le temps plus ce phénomène va être important. Les nobles vont être dépossédés et le mariage avec de riches bourgeois sera leur seule rentrée d’argent.

. Mobilité familiale : le bourgeois peut aussi racheter un fief ou un titre de noblesse. Mais ce n’est pas par le titre que l’on voit l’honneur : en achetant un titre le bourgeois n’aura pas plus de considération de la part des autres nobles mais surtout il payera toujours l’impôt. Il a donc beau avoir un titre de noblesse il fera toujours partie du tiers état. Pourtant en 3 ou 4 générations le roi pourra anoblir ses descendants. On parle donc de mobilité familiale car on fait ce qu’on fait pour la famille et non pour soi. Pourquoi 3 ou 4 générations ? Il faut que cette famille réussisse à faire oublier son origine roturière, et que le petit fils mette en avant le fait que sa famille est noble depuis plusieurs générations. Ce qui compte surtout c’est d’adopter le style de vie des nobles : fréquenter des nobles et renier ses anciennes fréquentations, réussir à s’allier avec des familles nobles, etc. Ce phénomène est toujours valable et pour vivre noblement il faut d’une part vivre sans travailler, et satisfaire ses dépenses de prestige (dépenses ostentatoires : Rolex, soirées, etc.)…



L’appartenance à un groupe est donc un privilège et détermine un certain nombre de droits et d’obligations.
Dans les sociétés de caste, d’ordre et de classe le statut ou le rang d’un individu sera perdu si il n’agit pas selon les normes de son rang et de la société, car il ne montre plus son appartenance à ce groupe. Par ex : la voiture est objet de prestige dont l’usage et la possession sont obligatoire de nos jours, dans tous les groupes. Ceux qui n’ont pas de voiture sont souvent mal vus. Autre ex : il existe des obligations caractéristiques à chaque niveau, par exemple les bourgeois se doivent de savoir goûter du bon vin, apprécier l’art, etc.

La mobilité sociale n’est jamais uniquement une affaire de richesse ou de statut. Il faut aussi que l’individu adopte les relations, conduites et principes du nouveau groupe et perde ses relations antérieures. Ce constat est valable pour la mobilité ascendante ou descendante.
Comme aujourd’hui la mobilité sociale se fait entre catégorie sociale proche, ceux qui changent de statut passent d’une catégorie à une autre sur plusieurs générations. Par ex. un ouvrier agricole verra son fils devenir ouvrier, qui lui verra son fils devenir instituteur, qui aura un fils inspecteur de l’éducation nationale, etc.

Un noble pour garder son rang va faire de nombreuses dépenses. Et c’est le roi qui a l’œil sur leur argent donc il peut faire en sorte qu’un noble perde son prestige. Parallèlement d’autres nobles obtiennent d’autres privilèges qui peuvent entraîner d’autre dépenses. Le roi contrôle la mobilité ascendante et descendante.
Ce système a plusieurs avantages :
. Les nobles avaient l’espoir d’une promotion individuelle ce qui vient empêcher les alliances contre le roi.
. Les nobles ruinés sont obligés de vendre leur fief, leur château, leur titre aux bourgeois (espoir de promotion sociale).
. L’acte d’anoblissement est très coûteux, l’argent va dans les caisses du roi qui lui aussi a des obligations de dépenses qui permettent de montrer son rang.

CL : D’une part les dominants n’ont pas d’autre choix que de se conformer aux règles de leur rang. D’autre part la stabilité d’une structure sociale repose sur l’acceptation d’une situation entre les individus, et si leur situation ne semble pas favorable, l’existence de mobilité sociale ascendante va décourager la volonté de changement. Ceci est aussi valable dans nos sociétés de classe actuelles.

La société de classe

Cette société valorise la mobilité sociale, preuve de la grande importance de l’égalité dans nos sociétés actuelle (quelque soit notre situation, on peut l’améliorer). Les groupements ne sont pas opposés à la naissance mais il existe toujours des groupes sociaux hiérarchisés.
L’égalité existe en droit mais pas dans les faits. L’appartenance à un groupe va dépendre de le situation des parents, donc nous n’avons pas vraiment tous la même chance d’améliorer notre condition de vie à la naissance. Dans cette société la mobilité sociale est absolue mais réduite dans les faits.

Quels sont les groupes de cette société ?
La définition du groupe est beaucoup plus difficile que dans les sociétés d’ordre et de caste, car à la naissance on n’appartient à aucun groupe précis (on peut changer).  

Les différents critères qui permettent de définir le groupe dans la société de classe
La richesse : ceci dépend du niveau de revenu, du patrimoine qu’on peut changer (on voit bien la tentative d’égalité). Problème : où est la frontière entre les groupes ? à quel moment passe t on de la richesse à la grande richesse ? On va donc essayer de séparer les individus par une limite de salaire (ex : 2000€). Le défaut de cette technique c’est que l’on constitue des groupes très hétérogènes du fait que 2 individus ayant le même salaire ne vont pas forcément le gérer de la même et n’auront pas les mêmes conditions de vie. Ce critère n’est donc pas satisfaisant : le groupe ne peut donc être défini uniquement par le salaire.

Le statut professionnel : le problème est qu’il existe un très grand nombre de statuts professionnels et donc autant de groupes. De plus on en peut pas vraiment les hiérarchiser objectivement (infirmière : au dessus ou en dessous des éducateurs ? (…), etc.). En plus cette fragmentation ne permet pas de comprendre les processus sociaux (ex : les fleuristes ont t ils une culture propre ? ont-ils conscience d’appartenir à un groupe de fleuristes ?).
On a donc créé des groupements de profession appelés CSP ou PCS (Catégorie Socio Professionnelle / Profession et Catégorie Sociale). Ces groupements cependant ne règlent pas le problème : par exemple les catégories « ouvrier » et « employé » sont distinctes mais sépare des gens qui ont beaucoup de point communs (revenu, source de revenu, attitudes, goûts, opinions, …). De plus ces 2 catégories sont proches socialement ce qui induit un fort taux de mariage entre elles mais aussi on peut revenir au point de l’hérédité vu précédemment (les enfants d’ouvriers deviennent employés par ex.).
On peut aussi citer le fait qu’une catégorie peut regrouper des personnes complètement différentes : dans la CSP cadres et professions supérieures ont trouve par exemple un dentiste et un professeur réunis mais qui ont cependant des revenus différents, des comportements culturels différents, et généralement des partis politiques différents.

Il faut donc essayer d’autre critères pour classifier le tout : la culture et le sentiment d’appartenance à un groupe.


Les critères à retenir pour définir les groupes dans la société de classe :
. La richesse
. Le statut professionnel
. Le mode de vie (culture)
. La façon de voir le monde (manière dont l’individu défini lui-même son groupe d’appartenance (=conscience de classe)

La culture
La culture renvoie à des groupes réels, contrairement au facteur revenu. Les individus partageant une même culture se reconnaissent entre eux et reconnaissent les autres qui n’appartiennent pas à leur culture.
La culture explique le phénomène d’endogamie encore existant dans ces sociétés, malgré son inexistence légale. Le mariage en effet est préférentiel entre les individus de même niveau sociaux. La culture va déterminer les rencontres probables en fonction des lieux fréquentés, et la fréquentation des gens de même niveau social. Il peut arriver que 2 individus de niveau social différent se rencontrent mais ils ne se plairont très probablement pas, car ils vont évaluer leurs goûts, leurs façons, etc. Cette évaluation de l’autre va prendre la forme d’un jugement de type « il est snob, elle est vulgaire, c’est un plouc, etc. ». Les rencontres intergroupes sont donc souvent inespérées.
La culture est un élément essentiel de régulation de l’endogamie. Les manières de juger (traits culturels) sont tenues de nos parents. L’avantage du critère culturel est donc qu’il s’hérite de génération en génération, contrairement a par exemple la richesse. Quand on entre dans un groupe culturel on a donc très peu de chance d’en sortir.

Aspects négatifs de la culture
Comment déterminer la culture de quelqu’un ? Certains individus ne sont pas classables.
Les limites d’un groupe culturel sont floues. Il n’existe aucun sociologue qui est parvenu à déterminer le nombre de personne dans les classes populaire par exemple.
Comment définir les classes ? La définition de la culture populaire par exemple n’est pas assez précise pour être utilisé dans une enquête. Par exemple les traits caractéristiques de la culture populaire sont souvent vus comme étant un attrait pour le sport (en particulier football) et une grande place accordée au travail. Cela est peut être vrai pour la majorité mais il n’y a pas d’homogénéité culturelle : cela ne concerne pas tout le monde. Ceci est valable pour chaque classe. On pourrait essayer de multiplier les critères et de les affiner (ex : type de sortie, lecture, goûts, opinion politique, …) mais on aboutirait à une caricature du phénomène réel. Par exemple on pourrait penser que les classes populaires apprécient plus les films grands publics et la lecture de bas étage mais ce n’est pas toujours vrai.

Le critère culture à une validité incontestable (il explique certains phénomènes comme le mariage endogame, le choix du nom de l’enfant, etc.) mais il se révèle beaucoup trop complexe pour être précis. Ce ne peut être qu’une description partielle de la structure sociale.

La conscience de classe
Notion relativement proche de la culture, elle va s’exprimer dans les façons de voir le monde, le monde social étant partagé entre « nous » et « les autres ». La conscience de classe peut donc donner lieu à une vision dichotomique de la société. Ce critère est très important car comme la culture il va déterminer un certain nombre de comportements. C’est par la présence de ce comportement que les individus vont se lancer dans telle ou telle actions sociales, politique, … et éventuellement amener une révolution. L’histoire des sociétés est fonction de ce sentiment d’appartenance.
D’autre part ce sentiment va amener à produire des attitudes à l’égard de l’autre. On peut citer pour exemple la défiance entre les jeunes de la classe populaire et les bourgeois, qui s’est traduite par de la provocation, du mépris, de la violence à travers différents mouvements et époques (ex : loubards, apaches (30’s), zoulou (90’s).
Ce sentiment de classe va amener des conflits d’ordre sociaux. C’est aussi la conscience de classe qui va engendrer la résignation des classes populaires en matière scolaire, ils ont l’impression que l’école est faite « pour les autres ». C’est explique aussi l’idée que certains métiers sont inaccessibles, et le sentiment d’indignité qu’éprouvent les individus populaires quand ils rencontre quelqu’un d’important.


Les rapports de pouvoir : il y a lutte des différents groupes pour que les décisions politiques et sociales soient conformes à leurs intérêts. Le sentiment d’appartenance sont les relations entre les groupes et l’influence, l’interaction entre les individus. 2 individus de classes différentes ne sont pas conformes, et il y a un sentiment de mépris et de supériorité de dominant à dominé.
L’appartenance à une classe se traduit par une disposition des individus. Ces dispositions sont acquises, intégrées par leur éducation et leur expérience, elles se rapprochent de la culture.
Le sentiment d’appartenance et la culture sont très liés : le sentiment d’appartenance est crée par la culture.
Le problème est le même que pour le critère culture : ce sentiment est non quantifiable, il varie au cours d’une vie (ex : changement d’idées politiques), il varie aussi suivant le contexte politique, par exemple il était beaucoup plus facile de se sentir appartenir à la classe ouvrière vers 1950, 60 qu’aujourd’hui. Le climat politique va favoriser ou non le clivage de la classe.

Ordre des critères
2 grandes catégories de critères :
. Critères précis, stables  qui vont permettre de ventiler l’ensemble de la structure sociale : richesse et statut professionnel. Le problème est que les groupes désignés avec ces critère ne sont pas réels, ils ne vont pas permettre de comprendre les rapports de pouvoir, les actions politiques et l’évolution de la société.
. Critères désignant des groupes réels : culture et sentiment d’appartenance. Ils sont très utiles pour comprendre la société et son histoire mais ces groupes ont des limites floues avec un découpage partiel de la hiérarchie sociale.

La première série de critère désigne des dimensions objectives, une réalité matérielle. C’est pour cela qu’avec ces critères les groupes sont faciles à repérer. Ils sont lié à la situation matérielle de chaque individu.

La seconde comprend des critères beaucoup plus subjectifs, qui vont se manifester par les valeurs des individus. Ils ont une réalité dans le mode de pensée de chaque sujet et sont donc plus difficiles à repérer, mais il sont réels, ils sont part de la réalité (les manifestations pour les idées d’un groupe sont bien réelles).

Ce que pensent les gens est donc aussi important que ce qu’ils vivent. Ce qu’il pensent va aussi avoir un poids sur ce qu’ils vivent (ex : dans les années 30 les ouvriers se battent pour les 40 heures (effet matériel donc)). Inversement, ce que vivent les gens va avoir une influence sur ce qu’ils pensent (ex : il est rare qu’un bourgeois soit d’extrême gauche).



La situation de dépossession  des moyens de travail va entraîner les processus de production. L’ouvrier et le cadres n’ont pas de moyen de production, ce sont de simples exécutants qui vendent leur force de travail (bien que pour l’ouvrier la force de travail soit les bras et pour le cadre le cerveau) à la différence des agriculteurs, commerçants, et artisans qui eux décident de leur travail.

La classe des salariés, dépossédée des moyens de production s’appelle prolétariat.
La bourgeoisie a quand à elle les moyens de production et donc le pouvoir en quelque sorte.
Ces deux classes fondamentales entretiennent un rapport d’exploitation qui explique l’histoire de la société.



La notion de classe sociale est forgée autour de l’idée d’un antagonisme principal qui organise la société et qui a une influence sur l’histoire de la société.

L’idée de classe est elle-même un enjeu politique. Face à une situation mauvaise (salaire bas, conditions de travail mauvaises, etc.) plusieurs choix s’offrent à nous :
. Résignation, fatalisme
. La volonté de s’en sortir individuellement (soi même ou sa famille) qui peut prendre plusieurs forme : multiplication des heures de travail, école pour ses enfants, mais aussi braquages, etc.
. L’espérance d’un salut collectif (penser que sa situation s’améliorera en même temps que celle des autres).
Bien sûr on peut avoir plusieurs attitudes en même temps : par exemple les militants communistes ont à la fois la volonté de s’en sortir individuellement mais militent aussi pour un salut collectif…

Cet espoir de salut, s’il renvoie à un groupe professionnel donné ne remettra pas en cause la société. Par exemple les revendications des agriculteurs sont faciles à satisfaire.
Par contre si il y a un sentiment de classe derrière cet espoir c’est beaucoup plus dangereux pour la société et plus particulièrement le système : le conflit se déploie en effet à l’échelle de la société toute entière entre classes dominante / dominée. Le risque de mutation du système est donc beaucoup plus grand (ex : grèves générales de 36 ou de 68).

Il en va donc de l’intérêt des dominants d’empêcher que se forge ce sentiment d’appartenance de classe. Pour cela plusieurs techniques :
. Favoriser les espoirs individuels, en favorisant la mobilité sociale (par le système scolaire (bourse par exemple), ou même, comme Tapi en 80, montrer que même en étant clochard on peut devenir patron.
. Parallèlement il faut aussi décourager les espoirs de salut collectifs, soit favoriser une représentation du monde social en petit groupes professionnels et non en classes.

La lutte dominant / dominé se fait largement dans le monde des idées. La notion de classe moyenne permet donc de mettre ouvriers et cadres dans le même panier. C’est aussi le moyen de transformer les représentations du monde social : avec la classe moyenne il n’y a plus 2 classes antagonistes mais 3 classes superposées.

Remarque : la notion d’exclu (apparues dans les années 90) a aussi son importance dans le reflux, la disparition de l’idée de 2 classes antagonistes. A l’inverse des exclus il y a donc les inclus, groupe immense regroupant presque toutes les population du pays. Les exclus n’ont pas d’intérêts opposés au groupe des inclus. Cette notion permet donc de relativiser sa situation et influe à l’instar de la notion de classe moyenne sur les comportements politiques.

D’une manière générale la désignation d’un groupe est toujours un enjeu politique. Dans les années 60 Touraine va parler de l’apparition de nouvelle classe moyenne salariée. Les classes salariées vont s’ajouter à l’ancienne petite bourgeoisie, composée majoritairement de professions libérales. Jusqu’en 1960 la classe moyenne ne regroupait que les non salariés.

Maintenant cette notion a beaucoup évolué et regroupe de nombreux groupes différents. Elle a rencontré un franc succès chez les classes populaires en particulier. Pourtant c’est une notion floue et ambiguë. Par exemple on peut constater que l’on parle soit « de la » ou « des » classes moyennes.
Si on parle « de la » classe moyenne c’est une absurdité sociologique car les gens qui la compose sont extrêmement différents, que ce soit au niveau de diplôme, de la CSP, etc.
L’autre problème est que la classe renvoie à l’idée d’intérêts en commun. Les classes moyennes de par leur diversité n’en ont pas.
D’autre part si l’on parle « des » classes moyenne on suppose différents groupes la composant, le problème étant que l’on ne sait pas qui sont les groupes qui la compose réellement.

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