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Introduction
Le mot épistémologie vient des mots grecs epistêmê (savoir) et logos (science). E. PEWNER « Naissance et développement de la psychopathologie » Pewner affirme que quelle que soit le domaine envisagé on ne peut se passer de son approche historique. C’est une démarche nécessaire pour situer sa place dans un ensemble d’idéologie. En ce qui concerne la genèse de la notion de psychopathologie elle est indissociable de celle de la psychiatrie. Parler de l’histoire de la psychiatrie c’est aborder celle de la folie et de l’évolution des mentalités envers le fou selon les époques. A travers celles-ci des mots et des représentations plus ou moins durables et influentes sur la façon de traiter et considérer les fous se sont succédés. Leur sort est lié aux représentations de l’époque.
Comment s’est construit le savoir médical en occident ? Celui-ci a commencé et continue à se construire durant ces dernières 2500 années. Pourquoi remonter si loin dans le temps ? . Le vocabulaire de la psychiatrie et de la psychopathologie voire notre vocabulaire courant comportent de nombreux termes d’origine antique (humeur, manie, frénésie, …). . De façon plus fondamentale l’héritage de la philosophie et de la médecine antique sur toute la pensée occidentale sera considérable. . Le monde antique a orienté de manière décisive la pensée en occident par son approche rationnelle de la maladie et la recherche de causes naturelles à celles-ci. . A partir d’Hippocrate (5ème av. JC) on a une perspective qui tente de se démarquer de toute influence surnaturelle. . La médecine gréco romaine a légué des entités cliniques (manie, mélancolie, …) mais aussi la théorie humorale, qui va durer jusqu’au 17ème.
I. Antiquité Gréco Romaine (5ème av. JC – 5ème ap. JC)
L’histoire médicale commence au 5ème av. JC avec Hippocrate et fini avec Caelius au 5ème. Cette époque sera marquée par la tradition hippocratique, la longévité et le succès de sa théorie humorale, et par l’idée que la folie est une maladie du corps, comme les autres, qui est corrélée par l’absence de différentiation entre âme et corps et le rejet d’une origine divine de la maladie. En ce qui concerne la tradition hippocratique, il y a plusieurs points à savoir : . Hippocrate se rapproche de Cos (460 av. JC) . Il aurait reçu une formation médicale de son père Héracleïde. . Il cherchait les causes naturelles des maladies et donne de ce fait un caractère novateur à la médecine. . Il pensait que la nature avait pour tâche de guérir l’homme et le médecin n’est qu’un intermédiaire entre les 2. . Le point central de cette tradition est la théorie des humeurs.
Théorie humorale Cette théorie est inspirée de la théorie des 4 éléments d’Empédocle. Selon elle les 4 éléments fondamentaux que l’on retrouve dans l’univers représentent 4 qualités fondamentales. On retrouve ces 4 qualités dans le corps humain, véhiculées par 4 humeurs.
Elément Feu Terre Eau Air Qualité Chaleur Sécheresse Humidité Froid Humeur Sang Phlegme Bile Jaune Bile Noire
Il est à noter que la bile noire peut aussi être définie comme atrabile. Hippocrate va s’appuyer sur cette représentation pour élaborer sa théorie humorale : . La santé repose sur l’équilibre des humeurs et des qualités qui les accompagnent. . La maladie est en rapport avec un déséquilibre. . La folie relève aussi de cette théorie puisqu’il n’y a pas de séparation âme/corps avec un prima accordé au corps.
Cette théorie reconnaît cependant que le cerveau est spécial car son altération se fait par le phlegme ou la bile. Il n’est pas créateur de maladie mentale mais il rend observables par leurs manifestations en troubles psychiques les déséquilibres.
Diverses écoles médicales vont se succéder : . L’école dogmatique, qui reprend la théorie hippocratique. . L’école empirique, qui rejette la recherche des causes et pour laquelle seule compte l’expérience directe. . L’école méthodiste, qui naît de l’opposition des 2 écoles précédentes. Asclépiade en fut l’instigateur au 1er siècle à Rome. Sa théorie se situe dans la ligne philosophique d’Epicure, selon lui, le corps est un assemblage de particules toujours en mouvement que traversent des conduits à l’intérieur desquels circule le pneuma ou spiritus qui correspond à de l’air. L’œuvre et la théorie d’Asclépiade nous sont connus indirectement de Caelius. Pour cette école aussi il n’y a pas d’opposition âme/corps, la thérapeutique est mécanique (exercices physiques, massages, …), et on estime que les causes cachées des dysfonctionnements doivent restées cachées.
. L’école pneumatiste, qui s’oppose à la précédente en s’inspirant du stoïcisme (point de vue philosophique selon lequel les passions sont nocives). Selon cette école le pneuma circule dans le corps, et n’apporte santé que si sa tension est convenable (pour la vérifier : prise de pouls). . L’éclectisme, qui fera la synthèse des théories précédentes en rassemblant les points de vue les plus pertinents et en utilisant les traitements les plus efficaces. Ses représentants les plus célèbres sont Celse (qui insiste sur l’importance de la dissection), Soranus (2ème siècle), et Galien (130 – 211 ap. JC), qui fondera la théorie des tempéraments (sanguin, colérique, flegmatique, mélancolique) : selon lui, les maladies de l’âme sont des liaisons de la sensibilité et de l’intelligence liées à l’atteinte primitive du cerveau ou par sympathie lors de l’atteinte primitive d’un organe (ce point de vue sera repris par Pinel au 18ème – 19ème).
POSTEL & QUETEL « Les médecines de la folie »
A cette époque va apparaître les premières grandes classifications des maladies mentales, avec 4 grandes entités nosologiques regroupées sur 2 axes : formes aigues avec fièvre (frénésie – léthargie) et formes chroniques sans fièvres (manie – mélancolie).
Frénésie : folie aigue comportant un délire avec fièvre intense et continue et altération de l’état général. Léthargie : affaiblissement et omnibulation des sens (état stuporeux) avec fièvre continue ou intermittente et altération de l’état général. Manie : agitation et délire, maladie ayant pour siège la tête (selon le contexte de l’époque), chronique (malgré tout de même des intervalles de lucidité), et sans fièvre. Mélancolie : sentiments de crainte et de tristesse, plaintes somatiques, causes ou conséquences de l’excès de bille noire (point de vue différent selon les écoles).
Dans ces définitions on perçoit bien l’absence de conflit entre corps et psychisme, la folie est une maladie comme les autres. A cette époque la folie n’a pas occupé que les médecins, mais aussi philosophes (étio pathogénie), juristes (souci de protéger le fou et ses biens), dramaturges (héros de certaines pièces). Les conceptions étio pathogéniques ont été étroitement liées à la philosophie quant à la question de la place de l’homme dans l’univers. On peut noter aussi le poids du stoïcisme dans ces conceptions médicales (les cliniciens du 18ème – 19ème puiseront aussi dans la théorie des passions). Les pratiques thérapeutiques sont liées à ces conceptions des maladies : elles sont composées de pratiques naturelles (Hippocrate – Règles hygiéniques, diététiques, modération en toute choses, usage des plantes (ex : Ellébore, plante du traitement de la mélancolie jusqu’au 18ème)) mais aussi surnaturelles (fréquentation de temples et de sanctuaires)
En conclusion la médecine gréco romaine a probablement inauguré l’ère de la médecine rationnelle dans la médecine occidentale. Elle a laissé une marque profonde et durable sur la conception médicale occidentale.
II. Moyen Age (5ème – 15ème)
Grande période dont la partie 5ème – 11ème siècle est mal connue. La médecine antique est transmise à la société médiévale par les médecins arabes. Elle va être aussi influencée par les œuvres des médecins arabes elles mêmes traduites en latin. 2 d’entre elles portent sur les troubles mentaux : IMRAN « Traité de la mélancolie » AL JAZZAR « Traité sur la maladie de l’oubli »
Les raisons de cette transmission : l’empire romain est coupé en 2 en 395 et va évoluer différemment selon l’orient ou l’occident. L’occident est démantelé par les barbares en 476 et l’héritage médical antique va être pauvrement représenté dans les premiers siècles qui suivent ces invasions. L’orient quand à lui conserve l’héritage antique et le retransmettra à l’occident par la suite. Les conquêtes arabes vont s’étendre sur l’Afrique du Nord et l’Espagne et c’est là, au 11ème siècle, que les œuvres arabes vont être traduites en latin. En Espagne ces invasions vont servir de modèle dans le sens où elles vont construire des hôpitaux, des universités, etc.
Rhasés (9ème – 10ème), perse, médecin à Bagdad, publie notamment la première description de la rougeole. (?) (10ème – 11ème), perse, publie le « Traité sur l’ensemble des sciences grecques et arabes »
Caractéristiques de cette époque 2 aspects saillants et contradictoires : . Soif de connaissance : essayer de trouver les causes des maladies en particulier en physiologie. . Influence du christianisme : il va introduire un notion opposée à la médecine antique avec l’opposition âme/corps.
Le discours théologique va ainsi marquer son empreinte sur toute cette période et sa conception de la maladie comme péché va s’introduire chez les médecins (qui vont confier les malades aux prêtres). Le corps devient le lieu du mal et la folie traduit l’état du péché. Théoriquement la médecine savante refuse cette assimilation folie/possession, mais la réalité est plus complexe. On va arriver à la fin du 15ème à une situation particulière : la « chasse aux sorcières ». On voit arriver une alliance folie/femme/diable. La sorcière dans cette représentation est fascinante et redoutable. Elle possède un savoir mystérieux et maléfique et la sexualité est à l’origine du mal et du péché. Cette représentation introduit la problématique de la faute origine de la maladie et de la folie en particulier.
Après l’invasion barbare au 5ème la science et la médecine sont décadentes dans le savoir mais il faut noter qu’il n’y a aucun enseignement officiel de la médecine. Les couvents et les monastères vont organiser un semblant d’hôpital où l’on soignera prioritairement les frères de la communauté religieuse puis les gens du voyage. A la fin du 9ème naît une médecine laïque avec la création de l’école de Salerne en Italie. Constantin l’Africain (1020 – 1087) est l’un des grands noms de cette école et va traduire en latin des versions arabes des œuvres d’Hippocrate et ainsi les faire connaître en occident. Au 13ème Salerne entre dans une période e décadence mais à cette époque des universités sont fondées en France et en Italie (Bologne, Padou, Paris, Montpellier).
Malgré ces avancées il faut noter que : . On ne pratiquait pas ou très peu la dissection et les médecins ne connaissaient pas l’anatomie. . La Moyen age fut aussi une époque de peur et de malheur (1347 : peste noire qui touche Italie, France, Angleterre, Russie, etc. / Lèpre qui existait de façon endémique qui instaurait un climat de terreur – un amalgame se fait entre le fou et le lépreux et les exclura / Guerres civiles / Famine) qui renforcera les croyances chrétiennes. J. DELUMEAU « La peur en occident 14ème – 17ème »
Dans ce contexte la folie et tout ce qui est insolite, incompréhensible pour l’homme va de plus en plus être associée au diable et à ses actions. Des hôpitaux vont se créer sous l’impulsion de l’Eglise et se nommeront autels dieu. En France il existe dès 650 un autel dieu et progressivement va se créer dans chaque ville des ordres religieux hospitaliers. Comme à l’antiquité on va avoir tendance à classifier les maladies : on va distinguer maladies générales avec fièvres et les affections ayant leur siège sur une partie spécifique du corps (affections localisées). Les troubles mentaux vont se localiser dans la tête.
Selon Avicène (10ème – 11ème) il existe 3 grands groupes de maladies mentales. . Affections localisées . Apostèmes : inflammation du cerveau (frénésie, léthargie) . Affections entraînant une perturbation des facultés mentales (manie, mélancolie, passion) . Affections entraînant une perturbation des mouvements (épilepsie, apoplexie, vertige) Afin d’expliquer les causes on fait appel à des données physiologiques sachant que les médecins s’inspirent du système antique : théorie des humeurs, complexion (théorie des tempéraments), esprits (pneuma (esprit aérien sensé véhiculer les forces et qui sert d’intermédiaire entre corps et esprit)).
Dans cette façon de voir les choses la possession diabolique n’est pas directement envisagée par la médecine savante. Mais on sait que c’est l’opinion des foules et des théologiens de dire que les mélancoliques et les maniaques ont le « diable au corps ». Ceux ci pratiquent des pèlerinages prescrit par les membres de l’Eglise sensés chasser le démon en eux. On comprend qu’il y a une proportion non négligeable de troubles mentaux reliés étroitement au religieux, car le terme du péché est prévalent et dans l’esprit des gens le mal que l’on porte ne peut venir que du diable. Le trouble mental a partie liée avec péché et mal, la culpabilisation est donc très forte. La thèse démoniaque de la folie va durer plusieurs siècles, en témoigne l’existence de nombreux pèlerinages thérapeutiques et la pratique de la pénitence. Dans cette façon de pratiquer chaque région a son saint guérisseur, protecteur qui va parfois donner son nom à la maladie qu’il est sensé guérir (ex : mal de saint Jean pour l’épilepsie, danse de saint Guy pour la chorée).
Pour résumer nous pourrions dire que l’on met en évidence au Moyen Age 2 orientations : . Un pôle médical influencé par la médecine antique et arabe avec une véritable préoccupation scientifique (création d’écoles de médecine, etc.) . Un pôle religieux qui laissera une empreinte profonde et qui débouchera aux pires intolérances (chasse aux hérétiques : le bûcher était destiné à éliminer le mal enraciné dans la personne possédée et à sauver leur âme / Au 14ème – 15ème la sorcellerie fait partie des hérésies que l’inquisition pourchasse implacablement)
En dépit de ce sombre tableau peint par l’Eglise, on peut considérer qu’une place existe pour le fou dans la société. En famille les solidarités garantissent un minimum d’assistance aux aliénés qui font partie du lignage. Les villes et bourgs excluent les fous qui ne sont pas des leurs. L’incapacité juridique de l’aliéné est déclarée par la justice : elle protége les fous par le système de tutelle, pour gérer leurs biens, …, système qui existait déjà pendant l’antiquité. Il y a donc une certaine protection du fou mais elle va évoluer en fonction des mentalités : le désir de contrôle social va progressivement s’affirmer dès le 14ème et c’est le prélude à la politique de l’enfermement qui va sévir à l’âge classique (17ème). Ce durcissement social à l’égard des fous peut se lire à la lumière de 2 catégories de facteurs : la misère, la peur ; et l’urbanisation et la centralisation progressive du pouvoir (évolution vers monarchie absolue). Dans ce climat au 15ème la répression de l’errance et de la pauvreté ne font que s’accentuer. Au total : . L’approche médiévale de la folie est logiquement tributaire du savoir de l’antiquité mais elle a lieu dans un contexte de peur et de superstitions. . La description des maladies mentales est dominée par le cadre de la mélancolie qui a bien été singularisé par Imran dont le traité à été traduit au 11ème par Constantin l’africain. . Des institutions vont se créer a destination des fous à Hambourg (1375), Valence, etc., mais aussi des lieux de détention pour les aliénés dangereux. . La pharmacopée est étendue et la connaissance des plantes est assez remarquable. Les prescriptions médicales sont assez diversifiées et vont intégrer des épices venues d’orient, l’opium, la jusquiame, la belladone, l’ellébore, la valériane, … On lutte par exemple contre l’abattement de la mélancolie par l’ais, et on sait calmer les convulsions, etc. Outre l’utilisation de plantes, on utilise aussi la trépanation, la saignée, l’hydrothérapie, et les pèlerinages. Cela souligne tous les aspects saillants et contradictoires du moyen age, mais aussi la place de la société et son influence sur la représentation de la folie.
III. Renaissance (15ème (Italie)/fin 15ème (France) – Début 17ème (mort d’Henri IV))
D’une manière générale cette période fut marquée par le renouveau, le progrès mais aussi la contradiction et l’obscurantisme (élan de la fin du moyen age). On parle de renouveau dans les arts, les lettres, l’esprit devient de plus en plus critique, on redécouvre encore plus l’antiquité et la conception que les anciens avaient de l’homme dans ses rapports avec tout ce qui est naturel. Mais en même temps on revendique le fait que les sujets aient une foi plus épurée (influence de la religion). Il y a progrès dans les sciences et techniques, tout en maintenant un lien étroit avec la sorcellerie. La mélancolie illustre bien l’ambiguïté du regard médical. Pour la médecine l’événement le plus important au 16ème a été l’essor de l’anatomie. On ne connaissait pas vraiment le corps de l’homme et on s’appuyait sur les travaux de Galien qui n’avait disséqué que des singes jusqu'à maintenant. La dissection anatomique était rare au moyen age et ne concernait que les criminels. C’est en 1576 que fut permis la première dissection anatomique à Montpellier. Vesale a révolutionné l’anatomie et a laissé au 16ème « la structure du corps humain », considéré comme chef d’œuvre et où il va souligner toutes les erreurs de Galien et décrire ce qu’il a vu du corps humain par ses propres yeux, par une approche empirique. Ce livre va représenter une véritable révolution mais a quand même fait scandale à l’époque.
Les principales figures de la folie à la renaissance Les médecins ont défini plusieurs types de folie à la renaissance :
La folie sacrée Type de folie la plus valorisée, elle se définit par une sorte de dépossession de soi même et de l’exercice de ses facultés mentales, immédiatement compensée par l’envahissement de l’être par une possession divine ou démoniaque. Cette folie a inspiré plusieurs auteurs : « Orlandio Furioso » - l’Arioste (1516), exprime l’inquiétude de l’âme et l’incapacité de la raison à freiner les passions et en particulier l’amour. Marsile Ficin définit quatre catégories de fureur ou d’enthousiasme qui permettent à l’âme de s’élever : la fureur poétique, la fureur prophétique (qui réveilleraient / illumineraient l’âme trop rationnelle), la fureur mystique et la fureur bacchique ou amoureuse. Ces fureurs deviennent à la renaissance l’expression de haute sagesse et sont plus une source d’inspiration littéraire qu’un trouble de l’esprit chez quelqu’un qui souffre. Au 16ème on retrouve aussi une folie sacrée proche de l’extase, nommée folie de la croix (fureur mystique). Ce thème va être très présent dans l’ouvrage d’Erasme « Eloge de la folie » (1509)
La folie critique Elle se rapproche des humanistes et illustre l’œuvre d’Erasme. Erasme (anciennement Geertz) (1469-1539) . Ecrivain hollandais (Rotterdam) d’expression latine. Enfant illégitime d’un prêtre et d’une femme médecin. Il perd ses parents à 17 ans. . Il rentre à l’école des frères ce qui va lui permettre de commencer des études. Il portera intérêt à la religion toute sa vie. . Il se forge le nom d’Erasme et va apparaître comme symbole des pouvoirs et chances de l’homme, et le prophète d’une certaine idée du bonheur. . Il se défini comme philosophe humaniste.
D’abord moine (il va prononcer ce vœu en 1488), il va être relevé de ses fonctions par Léon X, puis mener une vie itinérante et d’errance intellectuelle dans toute l’Europe. Ensuite il enseignera au collège Montaigu (1495) et ira en Grande Bretagne où il rencontrera Thomas More qui est professeur de théologie et chancelier d’Angleterre (du roi Henri VIII) et lui révélera sa vocation humaniste et l’intérêt à lire les textes anciens. Il continuera à voyager par la suite et prendra beaucoup d’importance sur le plan intellectuel auprès de la royauté notamment. Il écrira de nombreux ouvrages malheureusement partiellement traduits pour la plupart et donc mal connus mais il faut tout de même retenir « Eloge de la folie (1509) », dédié à son ami T. More, qui de sa position de chancelier tirera beaucoup de profits mais se retrouvera disgracié et décapité pour avoir désavoué un des divorces du roi. L’éloge de la folie reprend l’un des thèmes du moyen age agonisant de l’époque : au-delà d’une humanité chargée de malheur il existe le pouvoir souverain de la sagesse. C’est par la folie que l’homme découvre l’accès à la sagesse. Erasme est perçu comme humaniste et non comme philosophe et « liberté- charité- tolérance » constitue les pièces maîtresses de sa vision de la société. Il va tenter de montrer que l’homme véritablement créateur est celui quoi au-delà de ses servitudes matérielles et de ses contradictions spirituelles est plus préoccupé de sauver la vie que d’imposer ce qu’il tient pour vérité. La vie est une et irremplaçable alors que la vérité est changeante et multiple. Son projet était de fondre en un seul mouvement la sagesse antique et le mouvement chrétien, et de faire de l’homme l’héritier de toutes les erreurs de l’histoire. Il va donc faire une étude critique du catholicisme de son époque et va s’élever contre les abus et dénoncer l’esprit mondain et politique de l’église de son époque. Tous les humanistes ne partageront pas son point de vue cependant. Par exemple Lefèvre d’Etaples qui ne croit pas en le progrès possible de l’humanité mais plutôt en sa décadence inexorable. Le mouvement humaniste va commencer au 15ème siècle en Italie lorsque les savants grecs fuièrent Constantinople et vont se réfugier en Italie. Erasme va être formé à ce mouvement par T. More en Angleterre.
En conclusion on peut dire que ces deux folies (sacrée et critique) sont des folies plutôt positives.
La folie sacrilège Ce type de folie est mis en évidence dans les procès par sorcellerie. L’accusation de sorcellerie concerne surtout les femmes et la représentation ambivalente de celle-ci à l’époque (tantôt célébrée pour sa beauté, sa jeunesse, etc. tantôt rejetée pour sa mocheté, sa vieillesse, etc.) A travers ce regard la sorcière est complice du diable (appartient au domaine du péché, du mal), on voit donc la dimension obscurantiste qui persiste encore. Pour sauver son âme il faut détruire le corps par le feu purificateur. Ces faits vont s’inscrire dans la chasse aux sorcières et aux hérétiques (juifs, non catholiques).
Le premier défenseur de sorcière va être Jean Weyer (1515 – 1588, médecin) qui ne remettra pas cependant la question de la possession du diable en cause mais va présenter ces possédés comme victimes au lieu d’alliés du diable.
La folie maladie On retrouve des classifications proches de celles de l’antiquité. Il y a deux pathologies : . Organique . Humorale (théorie qui va encore garder une grande force pendant cette période)
Le premier établissement de soin exclusivement destiné aux insensés est le Manicome de Valence en Espagne au début du 15ème. Ce mouvement d’aide ou plutôt d’assistance aux insensés va gagner l’Angleterre puis la France. On sent bien le poids des catholiques car ce sont eux qui vont s’occuper de cette charge. Des ordres vont se créer avec cet objet : fondation de la Charité, de l’hôpital Charenton à Paris.
On va cependant aussi assister à l’emprisonnement des fous au 17ème.
Que dire sur le début de l’enfermement au 17ème ?
Bien que l’on situe au 17ème cette mesure comme systématique, au nom de l’ordre social, des documents nous font penser qu’elle existait déjà fin moyen age. Les fous sont souvent gardés par la famille mais aussi sont relégués dans un endroit caché de l’habitation dans la mesure où la famille est responsable de leurs actes. Un petit nombre va se retrouver dans les hôpitaux, malheureusement surpeuplés et peut enclin d’accueillir des malades difficiles et incurables. Un certain nombre va se retrouver quand à lui en prison pour cause de conduites perturbatrices, violentes ou criminelles.
Le fou peut donc se retrouver enfermé mais malgré tout, parallèlement au nombre d’enfermements, le nombre d’insensé, d’indigents et d’errant augmente pour des raisons diverses. - Economique (famine, …) - Urbanisation - Edit d’interdiction qui devient très sévère - Une sélection plus forte entre valides et non valides qui s’organise depuis le 16ème - Les papes eux même vont interdire la mendicité sous peine de prison
On voit donc bien qu’on lutte pour l’ordre social mais que les fous vont en pâtir. En France le problème de la pauvreté va amener à la création de l’aumônerie générale à Lyon (1531) mais aussi au bureau des pauvres à Paris _ conversion de l’hôpital des maladreries (destinés à soigner la lèpre). On essaye donc quand même de créer des lieux pour les fous mais ils s’inscrivent toujours dans l’enfermement.
Edit de 1656 : création de l’hôpital général, attention louable en faveur des plus démunis. Michel Foucault cependant, philosophe et psychologue du 20ème (1980), va l’appeler l’édit de l’enfermement et en fera la critique.
Michel Foucault, « Histoire de la folie à l’âge classique » (1961)
C’est une mesure qui intervient dans une société en pleine réorganisation, et où la folie, l’errance et l’indigence vont payer un lourd tribu.
L’âge classique (17ème – 18ème)
Déjà amorcée à la renaissance, le projet de connaître la nature et ses lois va se renforcer pendant cette période. L’emploi de méthodes nouvelles, l’utilisation de pratiques spécifiques et de nouveaux instruments vont multiplier les découvertes. Notamment Galilée, Copernic, Newton et Harvey vont contribuer à l’avancée des sciences.
Quelles sont les tendances du 17ème ? . Le triomphe de la raison ou l’opposition imagination / émotion et raison, ou déraison / raison, à la base de l’Edit de 1656 . Une place importante accordée à la pensée mathématique et donc son développement considérable : calcul des probabilités de Pascal, géométrie analytique de Descartes, calcul infinitésimal de Newton. La nature est écrite en langage mathématique. Dans cette comparaison le corps est comparable à une machine et donc semblable à celui des animaux (Galilée). . On estime aussi à cette époque que les parties les plus subtiles des aliments digérés pénètrent dans la glande pinéale, organe impair et médian à la base du cerveau, qui va former les esprits animaux, qui eux-mêmes vont transmettre de l’énergie au corps (prémices de l’influx nerveux). On pense que c’est au niveau de la glande pinéale que le corps prends les ordres de l’âme et que l’agitation des esprits provoque rêve et délire.
Les tendances de la médecine : - importance accordée au point de vue mécanique, le corps est donc comparable à une machine et fonctionne selon les lois de la statique et de l’hydraulique. Cette représentation est tributaire des découvertes de l’époque (notamment la circulation sanguine de Harvey). - importance du point de vue chimique. La théorie humorale se retrouve modifiée. Par exemple la digestion met en œuvre des ferments à l’origine de divers troubles comme l’épilepsie et l’aliénation mentale. Certaines maladies résultent de la prédominance de certains acides et alcalins du corps. - pour les maladies mentale la mélancolie représente plus que jamais un cadre clinique étendu et disparate. Malgré les différentes découvertes et l’avancée de la science, la bille noire est toujours perçue comme l’origine de la mélancolie. Elle entrave l’action des esprits animaux et une étude particulièrement célèbre de Burton va paraître en 1681, « l’anatomie de la mélancolie ». Le lien mélancolie / manie est ré évoqué par T. Willis. Des études clinques sont faites sur les consomptions, en particulier par les médecins anglais qui parlent en terme d’abstinence prodigieuse ou de consomption nerveuse à propos de cette entité clinique que nous appelons aujourd’hui l’anorexie mentale. D’autres études sont faites, notamment sur l’hystérie (T. Willis, Sydenhahm).
Pour l’ensemble de ces pathologies les pathogénies (mécanismes par lesquels les causes pathogènes provoquent les maladies) les plus évoquées sont : . La bille noire . Les esprits animaux . La modification des fibres nerveuses
Malgré tout la thérapeutique reste largement tributaire de la théorie humorale (saignées, purges, vomitifs, lavements, mais aussi bains prolongés pour l’humidification des fibres jugées racornies ou desséchées).
On a vu donc que la sorcellerie au 17ème persistait encore à travers les procès pour sorcellerie. On parle toujours de possession mais Louis XIV va finalement interdire ces procès pour sorcellerie en 1670. Parallèlement on va assister à une réorganisation du royaume.
Edit de 1656 : édit à l’origine de la fondation de l’hôpital général. Cet édit est situé dans un contexte de vaste plan de remise en ordre. L’hôpital général n’est pas crée que pour emprisonner les insensés mais pour lutter aussi contre le vagabondage, l’errance, bref tout ce qui apporterait du désordre social. Il accueille aussi les invalides, les enfants abandonnés, les épileptiques, les insensés et les vénériens rejeté jusqu'à maintenant.
Pendant ce mouvement on crée des lieux spécifiques pour les fous à Paris. . Hôpital Bisset (pour les hommes) . Hôpital la Salpetrière (pour les femmes)
Sous Louis XIV on va se créer des outils pour lutter contre le désordre . « Lettres de cachet » qui permettent au personnes ayant autorité de demander l’arrestation et l’emprisonnement des déviants et des fous (mais il faut tout de même savoir que 90% des demandes viennent de la famille). . « Maisons de force » qui prennent le relais des hôpitaux généraux et des quelques 40 prisons d’état. . « Dépôts de mendicité » où se trouvent aussi les insensés.
Le pouvoir royal va encourager les communautés religieuses à faire fonctionner ces maisons de force en acceptant des correctionnaires. Ce système de réclusion plus que de soin va durer jusqu'à la fin du 18ème. 2/3 des 5 à 600 maisons de force sont gérées par des religieux.
Résumé de la situation générale par rapport à la folie : d’un côté les grands fous enfermés dans les maisons de force et autres structures, de l’autre des médecins soucieux d’établir des classification, des thérapeutiques, mais n’ayant aucun contact avec ce type d’institution, et se posant plus de question sur la maladie elle-même que sur les conditions du malade (on peut mettre cependant ceci en rapport avec l’appartenance à une société soucieuse d’ordre).
En Europe et en France à cette époque la folie prend la place vacante de la lèpre dans l’imaginaire populaire : on commence à la retrouver dans l’iconographie cette thématique (J. Bosch « Nef des fous »). La folie hante l’imagination, elle est aussi ce qui empêche de penser et pour Descartes il est impossible que le sujet qui pense soit fou. Cet avènement de la raison met la folie en exil (l’éloigne) et la met au rang de l’animalité. L’internement va s’étendre rapidement en France et va s’affirmer de plus en plus dès la moitié du 17ème. Les hôpitaux ne vont plus suffire et les lieux de réclusion vont se multiplier.
Malgré tout le 18ème est vu comme un siècle des lumières, des découvertes et d’une certaine pensée philosophique en faveur de l’homme. Ce siècle peut être vu comme une période charnière qui va aboutir à une révolution des idées et des idées politiques en particulier.
Ici émerge une autre approche de la folie : la naissance de la psychiatrie (fin 18ème).
La naissance de la psychiatrie (fin 18ème) Période post révolutionnaire – contemporaine de la naissance de la clinique médicale dans son acceptation moderne, qui s’inscrit dans un vaste mouvement de restructuration institutionnelle hospitalier. La naissance de la psychiatrie est liée au nom de Pinel (1756-1826), Pinel qui sera l’un des grands représentants du 18ème.
Caractéristiques du 18ème . Engouement certain pour les sciences (d’ailleurs tous les esprits vont s’intéresser aux ouvrages des savants et aux expériences (Voltaire avait son propre laboratoire et faisait des expériences de physique et contribuait à faire connaître les théorie de Newton). . Invention du thermomètre à mercure. . Etudes sur l’électricité. . Astronomie : perfection du télescope. . Lavoisier : progrès en chimie sur la composition de l’air et de l’eau. . Botanique : Linné découvrira de nombreuses choses qui influenceront les médecins. . Epoque de voyage : progrès dans la cartographie qui va encore plus faciliter les voyages, la navigation permet l’exploration de nouveaux mondes.
De ces découvertes on tire des applications pratiques : paratonnerre de Franklin, montgolfière des frères Montgolfier, gaz d’éclairage de Lebon, vaccination de la variole de Genner.
. Développement de l’esprit critique : ces progrès vont accompagner et renforcer le développement de l’esprit critique. De nombreuses mentalités différentes vont se créer face à l’importance du nombre de découvertes scientifiques, avec pour point commun une confiance immense dans la science et la raison. Même les philosophes croient en l’avènement d’un monde organisé selon la raison. Les esprits éclairés ne sont plus acquis à ces idées de pouvoir absolu et la limitation de la liberté. Pour les philosophes il importe de faire le bonheur des hommes en développant leur raison, en les instruisant de leurs droits et en les libérant de leur joug sociaux. Ce mouvement philosophique à une double origine Française et Anglaise. Bayle, réfugié français en hollande avait dans le « dictionnaire historique et critique » soumit les dogmes chrétiens à l’exercice de la raison, dès la fin du 17ème.
. Développement et progrès des idées de liberté : l’Angleterre va offrir le spectacle d’un pays libre où le régime de l’absolutisme et de l’intolérance avait été détruit par deux révolutions successives. Locke justifie la révolution de 1688 considérant que le peuple était le seul souverain, que tous les hommes possèdent des droits naturels que les gouvernements sont tenus de respecter. La tolérance religieuse doit être complète. L’Angleterre devient donc un modèle pour les esprits éclairés et se met en place une certaine éloge de la liberté (retrouvée chez Voltaire, Rousseau, etc.). Rousseau va aussi développer un thèse philosophique qui aura une grande influence : la bonté naturelle de l’homme avant toute action de la société. Montesquieu (magistrat de Bordeaux), dans « Esprit des lois » passe en revue les différentes formes de gouvernement, leurs qualités et leurs défauts. Les philosophes revendiquaient toutes les libertés et en particulier la liberté personnelle en vertu de quoi un citoyen peut être arrêté sans raison. Ils étaient aussi partisan de la généralisation de l’éducation.
Les tendances de la médecine au 18e
Louis XIV au 17e avait eu une influence décisive sur la médecine et son évolution en favorisant contre l’avis de la faculté de médecine l’essor de la chirurgie et la création en 1694 d’un amphithéâtre d’anatomie. Cela favorise l’enseignement de l’anatomie et plus particulièrement de la circulation du sang, faits enseignés au jardin du roi / des plantes. D’autre part les voyages introduisent des nouvelles plantes médicinales (Quinquina, etc.), notamment pour traiter le paludisme.
L’essor de la médecine est donc favorisé par le roi. Les médecins du 18e ont cessés d’être des personnages ridicules et ridiculisés (cf. Molière, « le malade imaginaire ») et devient un homme à la mode, ouvert aux idées nouvelles, un « médecin philosophique »).
On tente de s’affranchir de toutes les spéculations métaphysiques et obscurantistes des époques précédentes. L’esprit nouveau de ce siècle des lumières sera représenté en grande partie par Voltaire et Diderot (principal animateur de la grande encyclopédie, il avait l’ambition de mettre l’art et la médecine à la portée de tous et de favoriser l’instruction. Dans cette approche encyclopédique de nombreux articles vont être consacrés à la médecine).
La médecine est aussi influencée par les sciences naturelles : . Linné : botaniste . Buffon : règne animal Le médecin va se donner pour tâche l’étude rigoureuse des faits en particulier dans le domaine de l’anatomie et de la physiologie. Pinel va s’emparer de cette méthode pour son concept « d’aliénation mentale ».
On assiste aussi à l’essor de l’anatomique : . Etude de l’anatomie pathogénique (découverte de tel ou tel organe lésé lié à la mort ou la situation actuelle du patient) >> mouvement organiciste qui va essayer de tout expliquer avec des lésions d’organes. . L’anatomie comparée (étude comparée de l’anatomie humaine et animale).
Les chemins sont divers mais cherchent tous à s’écarter des pratiques hasardeuses. La physiologie n’est pas en reste : mise en évidence du rôle des nerfs, des muscles, etc. >> on dépasse donc la théorie des esprits animaux.
On va introduire de plus en plus dans les pratiques médicales l’électricité (ex : on traite les paralytiques avec de l’électricité _ les résultats sont plutôt négatifs).
La lutte contre la variole (« petite vérole ») va diminuer le taux de mortalité. Cette lutte a été rendue possible grâce aux découvertes de Jenner (médecin anglais) qui procédera à la première vaccination en 1796.
On voit surtout que les système médicaux tentent de se dégager de l’approche humorale antérieure mais ce n’est pas encore complètement abandonné. Par exemple un rôle important est donné aux fibres nerveuses mais on pense que le tonus et l’élasticité de ces fibres peuvent être influencées par divers facteurs et que l’influx nerveux élaboré dans le cerveau est fonction de l’acidité des humeurs.
Pour Stahl (médecin fin 17ème – 18ème) la matière et le corps sont passifs et c’est l’âme qui est la cause de l’activité du corps. Quand l’âme est malade tout le fonctionnement de l’organisme est affecté.
On sent émerger les grandes tendances du 19ème mas la nosographie va rester une des grandes préoccupations du 18ème. La médecine prétend à une classification logique et exhaustive des maladies. Au 18ème la psychiatrie n’est pas encore discipline, elle est indépendante mais elle connaît un évolution du fait de la remise en cause des théories de Galien et de la théorie humorale par les découvertes (anatomiques, etc.).
Dans l’ensemble les maladies mentales sont moins systématiquement et exclusivement liées à la théorie humorale, mais elles sont mises en corrélation avec des perturbations du système nerveux.
On voit donc de grands efforts de classification de toutes les maladies qui vont être classées en classe, genre, espèces naturelles, … La première tentative de grande classification vient de François Boissier de Sauvages (1706 – 1767), professeur de botanique et de médecine à la fac de Montpellier.
Les maladies étaient divisées en 10 classes et le plus gros des maladies appartenaient à la classe 8 qui elle-même était divisées en 4 ordres et 23 genres. Parmi les genres la mélancolie par exemple contenait en elle seule 14 espèces. La notion de mélancolie recouvrait donc un champ bien plus vaste qu’aujourd’hui ou au 19ème. De Saussure inspirer dans sa démarche W. Cullen (qui va faire la 1ère description des névroses (dans le sens des maladies nerveuses)) et P. Pinel.
La médecine folique au 18e D’un côté la folie est toujours présente dans les lieux d’enfermement mais les troubles de l’esprit sont le fruit de la curiosité des médecins (surtout anglais). On voit donc : . La gestation de la médecine psychiatrique . Des études et observations concernant le Spleen . Les hôpitaux qui vont se développer et l’apparition d’un véritable souci thérapeutique en Angleterre dans un premier temps, et Pinel va à mainte reprise faire référence au modèle anglais dans ses considérations de réformer les structures de soins destinées aux insensés. Pinel va s’inspirer de la classification de Cullen dont les 2 ouvrages les plus importants seront « la pratique de la médecine » et « la nosographie » (1772).
Les hôpitaux vont se développer surtout en Angleterre,et Pinel va en faire référence moult fois. Pinel a pu être vu comme un opportuniste mais il s’avère qu’il a surtout pu saisir les avantages et inconvénients des différents mouvements.
Pinel va s’inspirer aussi de la classification de Cullen qui va le premier parler du terme névrose (mais comme recouvrants plusieurs nerveuses (ex : coma ou perte de mouvement volontaire)). . Affections spasmodiques (tétanos, épilepsie, chorée (danse de st Guy), asthme, coqueluche, cholera, hystérie, rage : des maladies très variées qui entraînent des atteintes neurologiques). . Vésanies (aliénations chroniques sans fièvre qui doivent se séparer des délires avec fièvres (référence à la classification de l’antiquité) qui regroupe la manie et la mélancolie. La différence entre les deux réside non dans la nature gaie ou triste de l’humeur mais dans l’extension du délire. Ce critère bien souvent utilisé fera de la mélancolie un délire partiel car le jugement faux se borne à un seul objet (indignité, etc.) (=>délire en secteur).
Cullen va donc inspirer Pinel et Esquirol dans leur démarche (ils parleront ainsi de monomanie). Pinel s’inspire du modèle anglais et de la classification des névroses de Cullen, mais aussi des idées nouvelles liées au mouvement philanthropique. Ces idées vont s’exprimer dans les années qui précédent la révolution française notamment en direction du sort des insensés dans les lieux de détention. Elles vont aussi arriver à partir de 1780, où la volonté de prise en charge de l’assistance par le gouvernement se développera sous l’impulsion de Necker. Cette doctrine de l’assistance publique va être reprise par la révolution mais à son propre compte.
Les années 1770 – 1780 sont celles d’une critique radicale des institutions d’assistance dans leur forme existante. En 1781 est crée l’inspection générale et permanente des hôpitaux civils et des maisons de force. Cette commission est animée par 3 médecins : Colombier, Doublet et Thouret. A travers leurs constats catastrophiques des lieux de soins ils vont rédiger en 1785 une circulaire sur la manière de gérer les insensés et de travailler à leur guérison. Cette circulaire est un document de 44 pages diffusées dans tous les hôpitaux et dans lequel on recommande de profiter des lumières acquises. L’essentiel dit par ces lumières c’est qu’il ne suffit pas de séquestrer les insensés mais surtout les traiter, « surtout lorsque la folie est commençante », mais aussi « lorsque la démence est ancienne puisqu’il arrive souvent des révolutions heureuses ».
A travers ce document fait jour cette notion de guérison naturelle si le malade est bien accompagné et qui va donc inspirer la notion de curabilité de la folie (soit dit en passant, noyau de la psychiatrie) défendue par Pinel, par et dans un asile, à travers les outils thérapeutiques. Un espace bien délimité et clos se trouve assigné à la folie et l’action de Pinel. Pinel est nommé à Pissetre en 1793 puis à la Salpetrière en 1795 et va avoir une influence considérable sur le devenir de la psychiatrie. Le nom de Pinel est lié au concept d’aliénation mentale mais entendons par là les lésions du fonctionnement de l’entendement humain. L’aliénation mentale selon le point de vue de l’époque est un processus unique même si les manifestations extérieures sont diverses (les divers tableaux ne viennent que d’une maladie). Ces variations sont observables d’un patient à l’autre ou au cours de la vie d’un malade. Pinel s’appuie beaucoup sur la manie et la mélancolie pour affirmer cela car des mélancoliques peuvent devenir maniaques, des maniaques sombrer dans la démence, ou même un idiot retrouver la raison. Ses observations sont faites dès 1783 dans la maison de santé de Belhomme où il travaille à cette époque, maisons destinées aux malades fortunés. Il va ensuite les continuer lors de ses mutations.
La notoriété de Pinel (1745 – 1826) est assez tardive, elle arrive lors de sa cinquantaine. A partir de Bissetre il va être confronté à l’horreur de la folie et il n’aura à partir de là qu’envie d’améliorer les conditions de vie et les traitements de la folie. Il a donc put être vu comme « libérateur » mais le fait de désentraver les fous furieux faisait partie du traitement. Il est porté et porteur de mouvement philanthropique, et à inspiré des méthodes naturalistes pour tout ce qui est nosographie. Il dira même que « rien ne vaut l’observation des faits objectivement et avec critique. Il faut répertorier tous les signes, les étudier de manière longitudinale mais aussi transversale, et consigner en un même lieu toutes les observations (référence à l’hôpital). Il préconise cette démarche empirique ce qui permet de ne pas s’en tenir qu’aux anciens écrits. Il va faire la rencontre du surveillant Pussin à Bissetre . Pinel observe que les fous paraissent conduits avec douceur dans son secteur, qu’ils sortent dans la cour et qu’un certain nombre retrouve la raison dans les mois qui suivent. Ainsi Pinel va apprécier l’expérience et le savoir faire de Pussin. De ce fait il va l’emmener avec lui à la Salpetrière pour poursuivre son œuvre et proposer son projet thérapeutique : le traitement moral.
Si Cullen laissait entendre une atteinte organique et plus particulièrement du système nerveux Pinel va s’éloigner de cette causalité en accordant de l’importance aux causes morales. Il va d’ailleurs développer sa théorie dans « le traité médico philosophique sur l’aliénation mentale ». Dans ce traité dont la première édition date de 1801 il va commenter à travers l’exemple de la manie la question de la curabilité de la folie. Cette idée a aussi partie liée avec les courants philosophiques et l’idée de régénération qui est indissociable du grand projet de libération au 18ème. Le terme d’aliénation met en relief l’idée qu’un individu peut devenir étranger à lui-même et perdre la liberté de pensée (cf. Pagny). Cette perte n’est cependant jamais totale, il y a selon lui toujours un reste de raison qu’il s’agit de réanimer avec un traitement approprié, le traitement moral. Ce traitement se justifie aussi par l’origine de l’aliénation à chercher dans les chagrins, les événements de la vie, émotions et passions. C’est d’ordre plus moral qu’organique. Il faut entendre tout ce qui peut modifier ou mobiliser le psychisme du sujet en opposition aux méthodes s’adressant au corps.
Pinel – le traitement moral.
Le terme moral en lui-même est ambigu. Il faut entendre par là tout ce qui mobilise le psychisme. Les successeurs de Pinel comme Esquirol vont recommander la modération et de lutter contre les passions (comme la philosophie stoïcienne). Il importe par tous les moyens de faire appel à la raison pour la faire revenir : rassurer le malade, l’impressionner, frapper son imagination. Dans cette perspective thérapeutique le médecin chef occupe une place centrale dans ce dispositif de soin : il représente le savoir et l’autorité. L’institution (asile) devient aussi un instrument de la guérison (qui isole le malade de l’influence de sa famille) : ceci distingue l’enfermement de l’internement.
Pour venir à bout des passions et des divagations il n’est pas de recours plus sûr que le travail.
Sur la 2ème édition (1809) Pinel parle beaucoup de la réorganisation des hôpitaux. Le lien trouble mental – internement dont la représentation de la folie au 19ème porte la marque va trouver son expression achevée dans la loi du 30 juin 1838 fixant un statut médico juridico administratif pour l’aliéné. Cette loi prévoyait 1 établissement au moins par département. Elle précisait 2 formules de placement : le placement volontaire et le placement d’office (pour toute personne mettant en danger sa vie ou celle d’autrui). L’internement devient officiellement mesure de protection sociale et mesure thérapeutique tissant ainsi des liens complexes entre justice, administration et instance médicale. Cette loi va rester en vigueur pendant 150 ans (fin 1990) puis va subir des réformes pour être actualisée. A travers cette loi s’exprime la médicalisation de la folie, le bien fondé de l’isolement et la volonté de protéger la société en soignant l’insensé. L’asile devient officiellement et légalement le lieu d’intervention de « l’aliéniste ».
La psychiatrie va s’émanciper de la religion en ne gardant que le principe moral, et s’émanciper de tout discours métaphysique et obscurantiste.
Pinel aura cependant des détracteurs : notamment ceux qui ont pour théorie étiologique de la folie l’organogenèse directe (trouble mental du à une lésion de l’encéphale), dont Broussais et Scipion (propre fils de Pinel) qui parlent de cérébries.
Le 19ème va se partager entre 2 courants de type étiologique : Le courant psycho dynamique (psychogenèse) Le courant organiciste
ORGANOGENESE ET PSYCHOGENESE AU 19ème SIECLE
Ces courant s’oppose dans leurs conceptions de la folie mais aussi dans leurs médecines.
L’aliéniste ne se limite pas au présent ni au manifeste mais se réfère aussi au passé donnant son poids dans l’histoire du sujet. Ce résultat débouche sur des résultats thérapeutiques qui font le résultat d’une rencontre entre le malade et l’aliéniste. Esquirol : « l’aliéniste s’adresse à la partie raisonnable de l’aliéné ».
La théorisation de la curabilité de la folie a ouvert la voie à la possibilité d’une écoute compréhensive et c’est une étape vers le concept de psychogenèse qui occupera une place centrale dans la psychiatrie du 19ème. Ce concept va s’opposer au développement des conceptions organicistes de la folie.
A l’origine de ces constructions théoriques on trouve un système explicatif unique faisant d’une lésion organique la cause habituelle de l’aliénation mentale. La connaissance du crâne et du cerveau a fait début 19ème des progrès considérables et l’apport de Gall (anatomiste) est déterminant en procédant à des coupes longitudinales de l’axe nerveux et constatant comment les trajets et terminaisons se distribuent il étudie la morphologie de crâne. Broussais et Cabanis vont présenter une théorie : la phrénologie. La phrénologie faisait correspondre chaque faculté à une partie du cerveau. Le développement particulier de cette partie était soi disant repérable à la palpation du crâne (zones plus ou moins saillantes). Ce projet scientifique s’appuie sur le principe d’un lien entre apparence extérieure visible et intérieur caché et prétend donc déchiffrer les tendances et facultés humaines et en dresser une sorte de répertoire. Beaucoup vont s’emparer de ces théories et de ces dérives dangereuses. Elles vont finir par être interdites fin 1820.
A Bayle : 1822 _ Thèse : recherches sur les maladies mentales _ eut un retentissement considérable et va marquer un tournant dans l’histoire de la neurologie et de la psychiatrie. Bayle était médecin à Charenton et a surtout étudié la paralysie générale en tant qu’entité neuropsychiatrique (associe troubles mentaux – manifestations biologiques – état démentiel profond). Il suivra 6 patients de manière longitudinale et fera une autopsie à leur mort. Il trouva une cause étiologique à leurs paralysies, et va donc faire basculer la cause de la folie en faveur de la théorie organiciste. Il annexa donc la folie à la neurologie.
Il avait 23 ans à cette époque et a isolé une entité qui va correspondre au modèle médical idéal. Il représentera l’emblème de l’idéologie organiciste. Il crée le modèle anatomo clinique (établi une relation de causalité entre ensemble symptomatique et lésion anatomique).
Son successeur le plus remarquable est Georget, qui était plus nuancé cependant (double étiologie des maladies mentales – il va délimiter les champs de la psychiatrie et de la neuropsychiatrie).
Le courant organiciste va rester dominant pendant la 2ème moitié du 19ème. Les travaux de Broca et de Wernicke vont contribuer à fortifier ce courant notamment.
A coté de ces courants on trouve Morel, qui était littéralement en décalage, puisqu’il infiltrait des catégories morales et religieuses dans la conception organiciste de la folie. Il insiste sur le point qu’il faut chercher les stigmates physiques et mentaux de la dégénérescence héréditaire. Il voyait l’hérédité comme facteur favorable de la survenue d’un mal mental. Cette idée de dégénérescence héréditaire va influencer les médecins et auteurs de ce siècle : la dégénérescence est à l’origine de l’aliénation, comme 1 tare aboutissant à l’extinction de la lignée.
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