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I. Introduction à la communication
On pose l’idée selon laquelle le comportement n’a pas de contraire. On entend par comportement l’ensemble des mouvements corporels mais aussi gestes, mimiques, inflexions de la voix et rythmes de la parole. Il n’y a pas non plus de non comportement : que ce soit le silence, le sommeil ou la non action tout a valeur de message, tout signifie quelque chose. Que ce soit un étudiant endormi ou une personne seule dans un endroit rempli de monde, tous communiquent un message. En général les personnes présentes vont réagir en fonction de ce message.
Il y a donc communication par le biais des comportements, au même sens que celle produite par une discussion. Parallèlement on ne peut pas affirmer non plus qu’il n’y ait communication que si celle-ci est intentionnelle, consciente ou réussie (compréhension mutuelle).
Watzlawick va définir la « logique de la communication » et va affirmer qu’on ne peut pas ne pas communiquer. Nous vivons dans un monde de communication devenue banale et quotidienne, qui concerne autant les phénomènes de communication verbale (médias) que non verbale (pub). La communication prend une place de plus en plus importante dans la vie autant personnelle que professionnelle et devient par le biais des médias une communication dite de masse.
La communication est omniprésente mais a été très peu étudiée en tant que telle car toujours associée à un autre champ d’étude (propagande, etc.). L’importance de la communication a été démontrée lors de plusieurs expériences : - Observations des effets de la privation de communication : on met des hommes dans un espace confiné et coupé du monde et de la communication. Après observation on dénote des effets sur l’équilibre psychoaffectif, des problèmes d’agressivité, une déstructuration au temps, un affaiblissement des capacités intellectuelles, une sensibilité plus importante à l’influence et la persuasion. Cette expérience a aussi été vécue comme souffrance de la part des sujets. - Etudes sur la construction de l’identité et de la réalité : ces études ont montré la précocité de l’importance de la communication, par exemple avec la carence affective. Elle sert aussi à établir l’appartenance au groupe, à la société et à la culture. Ceci a été démontré à travers les études sur la formation des normes, le conformisme (Ashe), la soumission à l’autorité (Milgram) ; qui nous ont permis de nous faire une idée de la place de la communication dans certains phénomènes sociaux.
La communication est donc à la base du processus de socialisation et forme l’identité des individus. Si on reprend Watzlawick : « on ne peut pas communiquer tout comme on ne peut pas avoir de comportement ». Il va poser des corollaires pour décrire la communication : - Tout a valeur de message, même la non parole. - Communiquer ne signifie pas seulement utiliser la parole : il existe différents modes de communication (non verbal, expressions du visage, attitudes et gestes, place dans l’espace (ex : premier/dernier rang)). - Toute communication n’est pas forcement réussie. L’entourage peut ne pas comprendre le message. - Toute communication n’est pas forcement consciente et intentionnelle. Il faut décoder la signification du message et aussi coder son message de manière appropriée si on veut qu’il soit compris. De là on commence a saisir ce qu’est la communication : à la fois échange d’information et relation d’interactions (de processus). Cette nature duale de la communication oblige celui qui veut l’analyser à différencier différents niveaux d’analyse : nous allons utiliser comme grille de lecture les quatre différents niveaux d’explication proposés par Willem Doise pour l’étude des phénomènes psychosociaux en 1982 : - Niveau intra individuel - Niveau inter individuel - Niveau positionnel - Niveau idéologique
Niveau intra individuel : porte sur la manière dont les individus vont organiser leur perception / leur compréhension de l’environnement. On va essentiellement se centrer sur le message et le processus cognitif qui en découle.
Niveau inter individuel : on étudie les processus de communication entre les individus (modèle interactionnel). On ne prend pas en compté l’aspect social (comment on interprète le message).
Niveau positionnel : ici on tient compte des positions sociales occupées par les individus (comment on s’adresse à son interlocuteur selon notre position par rapport à lui (ex : père <> enfant)).
Niveau idéologique : étude des systèmes de communication, de propagande, des médias. On se situe dans la problématique du changement (comment nos systèmes de communication évoluent à travers les changements sociaux et les influences).
Ces différents niveaux ne sont pas indépendants les uns des autres, on travaille en les articulant. Il est clair que l’étude du phénomène communicationnel fait appel aux différentes disciplines qui étudient : . La langue comme système de signe (linguistique / sémiologie) . Le langage et la parole dans le développement humain (psychologie / psycholinguistique) . Le langage comme processus d’influence (psychologie sociale) . Le langage comme expression culturelle (anthropologie)
1. Qu’est ce que la communication ?
Le terme de communication a fait l’objet de nombreuses définitions qui dépendent des différentes disciplines qui s’y sont intéressé.
Ce mot de communication a eu et a encore plusieurs significations. Elles se sont succédées historiquement. . En France le mot de communication au 15ème provient du latin communicare, l’action de communier, mettre en commun. La communication est donc définie comme l’objet mis en commun. . A la fin du 16ème le terme évolue et prend le sens de partager une information, une nouvelle. C’est donc « faire partager ». . Au début du 17ème apparaît l’idée de transmission (« communiquer » une maladie). . De la fin 17ème au 19ème le terme de communication est utilisé en référence à une voie de passage qui conduit d’un endroit à un autre. Ici on fait référence aux moyens de communication et on parlera de canaux / de réseaux de communication. . L’évolution la plus récente va définir la communication comme une technique utilisée pour communiquer en référence à l’approche technique du modèle mathématique de la transmission de la communication. Si on fait le bilan des significations on va retrouver plusieurs sens attribués à la communication : . L’action de communiquer quelque chose à quelqu’un . L’action de communiquer avec quelqu’un . Le passage d’un lieu à un autre . La relation dynamique qui intervient dans le fonctionnement de la communication selon la théorie mathématique de la communication Dans ce cours on va considérer que communication comprend 2 éléments interdépendants : . L’idée de transmission de l’information . La relation qui se noue entre les 2 individus
Muchielli a dit que la communication au sens large du terme désigne le message ou l’information, et au sens plus restreint la nature et le sens du processus, la relation interpersonnelle par laquelle des interlocuteurs peuvent se comprendre ou s’influencer l’un l’autre. En théorie de la communication elle désigne le processus par lequel l’information est transmise.
2. Qu’est ce qu’une communication ?
Il existe 2 positions extrêmes pour définir une communication. . La communication est un échange entre 2 ou plusieurs individus ou groupe (trop lâche). . Il n’y a communication que si il y a message composé en une langue commune (trop restreint).
Pour nous il y a communication dès qu’il y a échange de signification.
II. La communication entre les personnes
Lorsque l’on communique il faut prendre en compte la communication verbale et la communication non verbale. La psychologie sociale va réintroduire les contextes sociaux dans l’étude des phénomènes de communication (il y a influence sociale dans la pensée). Les individus agissent et se comportent socialement. La conduite d’un individu sera considérée comme ayant du sens pour les personnes auxquelles il s’adresse et ces mêmes personnes / interlocuteurs vont répondre par des actions. En quelque sorte la communication est l’idée d’une relation entre un individu A et un individu B mais qu’elle ne peut avoir lieu que dans l’interaction entre ces 2 sujets. Processus de Feedback : on appréhende le retour de ce que l’on va nous dire. On va aussi considérer en psychologie sociale non seulement la signification du message transmis mais aussi la signification du langage non verbal, qui commence au niveau de l’apparence physique.
1. Notion et aspects de la communication avec les personnes
Cooley (1909) : « La première forme à étudier de l’interaction humaine est la communication ». Cette expression a pris une grande importance en psychologie sociale mais aussi en sociologie et Cooley disait que « par communication on entend le mécanisme par lequel les relations humaines existent et se développent. En d’autres termes la communication sera le processus par lequel des significations sont transmises entre personnes ».
Mead nous dira plus tard que la communication consiste à créer un état d’esprit commun entre celui qui communique et celui qui reçoit la communication, ce qui suppose des relations antérieures. On peut aussi souligner le fait que la société n’existe que par la communication, dont la psychologie sociale en distingue 2 types : . Communication de masse : transmission d’une info où d’une idée à un grand nombre de personne à la fois. . Communication entre personnes / de personne à personne
2. La communication sans langage
L’aspect privilégié de la communication est évidemment le langage (verbal) mais il existe aussi une communication sans langage qui prend tout autant de sens et qui signifie les relations sociales et culturelles. Un certain nombre d’éléments jouent un rôle très important dans la communication non verbale : . L’espace (relations dans l’espace) . L’aspect physique . Gestes / Postures / Mimiques
Le rôle de ces éléments est double : . Transmettre des idées et des sentiments ou du moins les nuancer et les préciser . Aider à se faire comprendre et à s’exprimer
a. La proxémique
Discipline qui étudie la façon dont l’individu structure son espace, aménage ses distances par rapport à autrui et communique à partir de cette distance. Elle étudie donc l’organisation spatiale pendant les communications. La distance que l’on utilise pour communiquer est fonction de 3 types de variables : . Les individus eux-mêmes (il existe entre nous une variabilité interindividuelle qui dépend de nos caractéristiques personnelles, sociales et culturelles). . Les objectifs poursuivis . Les règles, les contraintes physiques et sociales, les conventions culturelles liées au type de message que l’on produit
Hall, anthropologiste américain, a travaillé sur la « dimension cachée de la communication ». Il a fondé son travail à partir d’observation de films, de photos pour voir comment on communique en fonction de la distance, et ce qu’elle signifie (à la fois dans la culture américaine et dans les autres cultures). L’homme pour lui dispose d’un territoire adapté à ses besoins et qui délimite ses interactions. En fonction du type de communication qu’une personne va mettre en place elle va moduler son espace. Hall va mettre en évidence 5 types de distances socialement et culturellement déterminées. . Distance intime (20 à 50 cm) Distance des échanges personnels, des confidences, des regards profonds, il y a échange émotionnel et une certaine confiance entre les 2 individus. Si on utilise cette distance c’est qu’il y a accord réciproque, culturel et social ; ou sinon nous allons utiliser des stratégies pour nier la communication (ex : dans un bus, etc.).
. Distance personnelle (50 à 120 cm) Distance où l’on se rencontre, échange des propos sur des sujets neutres.
. Distance sociale (120 à 140 cm) Distance administrative et commerciale, sans contacts physiques, sujet non personnel (entendus par tout le monde).
. Distance publique rapprochée (2 à 4 ou 8 m) Distance servant à donner des infos publiques destinées à un groupe de personne. Ici on utilise beaucoup plus les mimiques et postures pour communiquer. Le dialogue est purement formel et la communication est plus restreinte du fait de l’absence de relation entre personnes.
. Distance publique lointaine (> 8m) Réduit encore plus les possibilités d’interactions et de communication. Ici l’interlocuteur devient récepteur d’informations. Il est passif. La communication est unilatérale, la possibilité de Feed-back est nulle ou très basse. Les gestes deviennent symboliques et stylisés.
Pour Hall la distance caractérise la relation mais aussi la qualité de la communication qui va être différente en fonction de la distance choisie. Ce choix des distances est intériorisé culturellement et est caractéristique des cultures. Ces distances proviennent de la culture américaine, sensiblement pareille que la notre, mais elle diffère pour les autres cultures. Les distances témoignent aussi des relations sociales et d’une certaine manière des situations de pouvoir (enseignant <> élève par ex.). Il y a aussi des différences interindividuelles en fonction de l’introversion ou de l’extraversion de chacun.
Conclusion : l’espace est un espace vécu qui ne correspond pas à l’espace réel, objectif. L’occupation de l’espace n’est pas accidentelle mais répond à des lois qu’utilisent les individus pour communiquer. Hall dira donc que l’espace est une « dimension cachée de la communication ».
b. La localisation
La localisation est l’idée que dans un groupe ou dans un échange entre individus le choix d’une place n’est pas indifférent. Il peut venir de mobiles individuels mais aussi et surtout est influencé par le rôle que l’on prétend occuper dans le groupe, par la qualité sociale de la relation, par les règles de politesse et de courtoisie.
Moscovici et Plon ont constaté l’effet de la place que l’on occupe sur la communication. Ils ont comparé 3 situations : . Situation où les sujets discutent en face à face. . Situation où les sujets discutent côte à côte. . Situation où les sujets discutent dos à dos. Ils ont observé l’incidence que pouvait avoir la localisation dans l’espace dans le discours du sujet. . Dans une situation de F à F, on trouve un discours peu formalisé, avec une répartie rapide, et une affirmation des positions du sujet. . Dans une situation de C à C, le message est d’avantage formalisé (car il y a moins de communication non verbale), les réparties sont plus lentes, les affirmations de soi sont moins nettes. . Dans une situation de D à D, il n’y a plus de communication non verbale, le discours est très formalisé, redondant, et s’apparente au message écrit. La position spatiale joue donc un rôle important dans la communication et la modulation du message.
c. Le message corporel
Le langage gestuel est composé de gestes et postures, c’est un code parallèle à la communication, il accompagne la parole et parfois même précède le discours (ex : dans un groupe quand on veut prendre la parole on s’avance). Le corps accompagne ce que le cerveau veut dire. Les gestes indiquent des relations particulières chez les individus et parfois des rôles sociaux particuliers. Ils constituent donc des codes sociaux et culturels. Il peuvent manifester l’appartenance à un groupe et sont souvent caractéristiques d’un milieu social et d’une culture. Efron (EU – 60’s) a expliqué que l’on pouvait observer le degré d’intégration d’un migrant dans un pays par ses gestes. A mesure que le migrant reste dans un pays il intériorise les gestes et expressions de ce pays. Colett a remarqué que les Italiens du Sud renvoient la tête en arrière pour exprimer la négation. Il s’est donc intéressé à l’histoire de cette région et explique ce fait parce que les grecs l’ont colonisé il y a plus de 2000 ans et avaient aussi une manière similaire d’exprimer la négation. Ce geste s’est donc transmis au fur et a mesure de l’histoire et est venu s’enraciner dans la culture des Italiens du sud. On observe aussi la personnalité du personnage par les gestes (ex : gestes fermes > personne autoritaire). Certains gestes constituent aussi des messages en eux-mêmes. On obtient alors un code autonome qui peut en quelque sorte remplacer la parole (ex : symbolique des gestes). Ce type de langage non verbal est plus vrai car moins contrôlé que le langage verbal. Il traduirait davantage la personnalité du sujet car les gestes et postures sont liées aux émotions. La mimique : type de langage corporel particulier, la mimique nous permet de dissocier la fonction d’expression de la fonction de communication. Elle a une fonction d’expression. Les muscles faciaux expriment des émotions qui sont très souvent difficiles à interpréter sans contexte (on peut avoir une même mimique pour des expressions différentes). Ce n’est pas une fonction principale de la communication car elle est trop grossière et là encore diverses variables peuvent jouer sur la mimique (culturelles, sociales, individuelles).
d. Le regard
Le regard constitue un indice de l’attention portée à autrui. Il est très important dans les relations interpersonnelles et professionnelles puisque regarder l’autre est un signe de reconnaissance, c’est l’accepter et accepter son regard. Il transmet aussi un indice sur la personnalité du personnage et son état d’esprit (regard fuyant : mal à l’aise, etc.). Il varie en fonction des relations sociales et indique aussi des rôles dans la communication (ex : quand on parle on regarde moins que quand on écoute mais aussi la relation influe (relation classique : on regarde 60% du temps son interlocuteur et relation amoureuse : on regarde près de 100% du temps son interlocuteur)).
3. Le verbal
Aussi appelé mode acoustico-auditif, il comprend deux catégories : . Extralinguistique . Linguistique
a. Catégorie extralinguistique
Elles comprend la vocalisation (voix, timbre, ton, intensité et hauteur du son, débit) mais aussi l’alternance vocalisation – silence. Ces caractéristiques sont fonction du registre personnel du sujet mais aussi liées à son état émotionnel, à des spécificités culturelles, à la situation de communication en elle-même (ex : chuchotement pour une cause bien précise).
b. Catégorie linguistique
Elle comprend les mots. On peut donc faire distinction entre langue et parole. Les catégories linguistiques s’organisent en différents niveaux : . Niveau phonétique (son, …) . Niveau syntaxique (grammaire) . Niveau lexical (vocabulaire) . Niveau sémantique (signification)
La langue a donc une dimension culturelle (elle est partagée). Elle a aussi une dimension sociale et une dimension normative dans le sens où le système de langue s’impose aux individus et comporte un certain nombre de conventions et de règles qu’il faut apprendre et respecter pour se faire comprendre. Dans la définition linguistique de la langue on défini le signe acoustique comme une liaison entre une image acoustique (signifiant) et un concept (signifié). Le rapport entre signifiant et signifié est un rapport arbitraire et motivé.
III. Les modèles de la communication
1. Modèles théoriques d’analyse
Ferdinand de Saussure a écrit des cours de linguistique générale en 1916 et va élaborer une théorie du langage où il distingue la langue de la parole.
Langue (de Saussure) : système de signe, conventionnel, n’ayant aucune valeur pour quelqu’un qui ne le connaît pas, et qui sert à exprimer des idées. Parfois ces signes n’ont pas de signification pure, ils ne répondent à aucune logique spécifique. Pour de Saussure c’est un système arbitraire dans lequel il n’y a aucune référence au sujet et à la psychologie. Elle est extérieure au sujet : elle a une existence sociale, culturelle et partagée (dimension collective) et est présente chez les individus suite à un apprentissage indépendant de leur volonté.
Parole (de Saussure) : manifestation individuelle accidentelle, momentanée de la langue, c’est l’utilisation de la langue par des sujets. C’est une caractéristique individuelle et souvent imparfaite. C’est un accessoire de la langue. De Saussure décrit la parole comme une impulsion de la voix qui va produire des sons, et passer de la bouche de A à l’oreille de B.
De Saussure va créer un courant d’étude linguistique qui étudiera la langue en négligeant la parole, perçue comme accessoire.
Les travaux de Bloomfield, 1933 Bloomfield avait une conception behavioriste de la communication (stimuli > réponse). L’acte de parole est un acte instrumental selon lui. La situation fournit au sujet des stimulations physiques qui produisent chez celui-ci une réponse en terme de parole. Cette réponse verbale va elle-même constituer un stimulus pour quelqu’un d’autre, etc. Nous sommes donc en face d’un schéma totalement behavioriste.
Jakobson (années 30) Jakobson a reprit le modèle linguistique de la distinction langue – parole tout en essayant de réintroduire le sujet psychologique (c'est-à-dire la subjectivité de l’énonciateur). L’individu qui parle puise en effet ses significations et ses images acoustiques dans la langue et notamment dans le code commun. C’est ce code commun qui rend possible l’échange de message et qui fonde le sens de la communication. Jakobson a été très influencé par la théorie mathématique de la communication, bien que dans ce modèle on fasse assez peu appel aux capacités psychologiques de l’individu (parce que ce modèle voit la parole comme le passage d’une information d’un émetteur à un récepteur). Il se basera sur ce modèle pour produire le sien.
Jakobson va intégrer au modèle mathématique de la communication ce qu’il appelle les facteurs constitutifs du langage. Pour être opérant le message requiert un certain contexte auquel il renvoie (référent : ce dont on parle), un code commun partagé entre émetteur et récepteur, et un canal physique par lequel il s’exprime. Chacun de ces termes correspondent à une fonction de la communication. Selon le type de message que l’on veut exprimer on met l’accent sur telle ou telle fonction. Selon Jakobson quand on émet un message on : . Veut informer, donner des significations (fonction référentielle), . S’exprime, on s’extériorise (fonction expressive de l’émetteur), . Cherche à produire un effet verbal ou comportemental sur le récepteur (fonction conative du récepteur qui va traduire l’intention d’agir), . Tente de donner des qualités intrinsèques à son message (fonction poétique), . Cherche aussi à établir une communication au début (fonction phatique qui caractérise le canal (ex : allo ?)), . La fonction métalinguistique se raccroche au code. Elle intervient chaque fois que le code utilisé fait lui-même l’objet d’un message.
A chaque message un de ces éléments va être dominant. Selon Jakobson on aurait tort de croire ou de penser que pour communiquer on doit se contenter uniquement d’émettre et de recevoir.
CHOMSKY Chomsky, américain des années 60 va proposer une théorie de la langue qui permet de faire appel à la psychologie car pour lui la dimension psychologique ne devrait pas être négligée en linguistique. Selon lui, la communication est le fait d’un locuteur qui a acquis une grammaire avec ses règles, grammaire acquise sur la base d’expérience limitée et incomplète. Il propose l’idée que pour chacun d’entre nous on acquiert une grammaire particulière, mais il existe derrière elles des principes qui déterminent toutes les grammaires particulières, à savoir qu’il existerait pour elles une grammaire universelle relevant de l’esprit humain. C’est à travers cette dernière que vont se définir les propriétés générales de l’intelligence humaine. Son idée générale est qu’il y aurait pour chacun une prédisposition à acquérir le langage. Le langage serait donc inné (=grammaire universelle).
D’une manière commune et donc au vu des auteurs présentés, l’objet principal d’étude est la langue qui est conçue comme une réalité, une abstraction complètement décontextualisée. Il n’y a pas de conception de l’individu comme sujet parlant ou communicant et la place du social est réduite, voire même inexistante. Les travaux pionniers de Saussure ont entraînés les linguistes à effectuer une réflexion sur la langue et à rejeter celle sur la parole. La linguistique fortement marquée par ces travaux n’est pas la discipline qui va nous permettre de poursuivre une réflexion sur la communication.
II. Modèles de communication
De 1939 à 1950 va naître sous l’impulsion de C. Shannon la théorie mathématique de la communication. C’est aussi une période extrêmement féconde car elle va permettre de faire travailler en commun des scientifiques américains et anglo-saxons dans le domaine de la cryptologie, notamment pour contrer l’espionnage et la propagande en temps de guerre. On voit une volonté d’essayer de travailler sur la transmission parce que l’enjeu en est important. Ici on ne s’intéresse pas au signe ni au contenu mais à leur transmission.
Modèle de Shannon & Weaver (1948) : la théorie mathématique de la communication
Cette théorie décrit la manière dont se transmet une information
Source : celui qui parle, désigne un individu, un groupe ou une institution qui vont transformer l’information en la codant. Cible : celui à qui l’on parle, recueille l’information en la transformant. Message : ce qui est dit, basé sur un répertoire de signes communs dans lesquels l’émetteur et le récepteur puisent soit pour construire un message soit pour en identifier la nature. Ce message peut être verbal ou non verbal. Canal : moyen par lequel est transmis le message, système physique dans lequel circule le message (ex : téléphone, etc.). Feedback : processus d’information en retour par le récepteur à l’émetteur d’un message qui lui a été transmis.
Ce modèle est très simple et donne l’idée d’un jeu de billard (linéaire : un émetteur tire une boule, l’autre aussi, et ainsi de suite). Cette vision est bien celle d’un mécanisme dont le processus peut être découpé en éléments en vue de l’analyse : 4 grands principes définissent donc ce modèle. Ce modèle est : . Linéaire : le processus s’organise dans un sens unique et l’important est la conservation de l’intégrité du message. . Séquentiel : il se traduit dans une suite d’opérations analysables successivement. . Atomistique : chaque élément est distinct des autres. Il n’y a aucune copénétration des éléments. . Référentiel : les objets, les idées doivent prendre une certaine forme pour pouvoir être transmis. On peut très bien étudier les signes indépendants des l’acte de communication en tant que tel.
Actuellement aussi on cherche à savoir comment un message peut être efficace.
Cette théorie mathématique est née de considérations très pratiques. Ce sont des problèmes de capacité des lignes de communication (télégraphe et téléphone) et de coût des communications qui sont à la base de sa formulation. Les ingénieurs Shannon et Weaver cherchaient les moyens les plus rapides, les plus sûrs et les plus rentables pour l’industrie de télécommunication de transporter les informations et de mesurer sa quantité. Dans cette théorie le terme d’information à un sens très particulier d’être une donnée, un ensemble de signaux non signifiants. Le message est ici considéré comme objectif et indifférent au sens que lui attribue l’émetteur et le récepteur. Donc selon Shannon et Weaver le message se transmet par ce modèle dit aussi ECR (émetteur – canal – récepteur), qui est un modèle cependant construit par des ingénieurs avec une vision très mécaniste de la communication. Par conséquent ni le sujet ni le contenu informationnel ou émotionnel n’intéresse ces ingénieurs. Ils retiennent leur attention sur des signaux et leurs transferts de l’émetteur au récepteur.
2. La transformation des modèles de communication
a. La ligne : le schéma de Lasswell (1948)
(schéma de Lasswell)
Entre les années 50 et les années 70 il y aura de nombreuses tentatives des sociologues pour créer des modèles intégrant la communication de masse. Ces schémas vont illustrer l’évolution de la représentation du processus de communication de masse. Dans le schéma de Lasswell l’idée générale est celle d’une domination de celui qui émet le message. Le destinataire est secondaire dans la mesure où il est perçu sous contrôle de l’émetteur. C’est ce qu’on va appeler la ligne / le modèle de la piqûre hypodermique / le modèle des 5 W (who ? what ? …). Ce modèle a peu de différences avec le précédent mais il a comme intérêt de prendre en compte l’impact du message sur le récepteur ce qui signifie que Lasswell montre un intérêt pour les questions d’influence sur le public et les problèmes de persuasion. Cela peut donc intéresser pour la communication de masse.
b. La réversibilité : le schéma de Schramm & Osgood (1954)
(Schéma de Schramm et Osgood)
S. & O. émettent l’idée que toute personne dans un processus de communication est à la fois source et destinataire du message. On envisage qu’il peut y avoir échange entre sujets. Chacun des acteurs est susceptible de décoder un message transmis par l’autre, d’interpréter ce message et d’encoder un message à destination de l’autre. Cependant ce modèle qui est facilement applicable à la relation interpersonnelle s’adapte plus difficilement au cas de la diffusion des médias. Il est intéressant essentiellement du point de vue de la communication interpersonnelle mais nous sommes plus réticents à l’utiliser en ce qui concerne la communication de masse.
3. Le triangle ou la théorie du 2-step-flow (Katz et Lazarsfeld, 1955)
Dans ce modèle l’arrivée d’un troisième personnage va changer la configuration des modèles précédents. Avant les modèles pouvaient être considérés comme linéaires : l’information va de l’émetteur au récepteur). Ici on envisage que l’émetteur rassemble tout les mass médias (radio, télé, etc.), et le récepteur tous les individus, même les plus isolés. Il ne faut pas oublier non plus que l’émetteur à de l’influence sur le récepteur dans cette configuration. Dans la théorie du 2sf de Katz & Lazarsfeld, on va intégrer la présence entre le média émetteur et le public récepteur d’un leader d’opinion. Leader d’opinion : les membres d’un groupe qui sont les plus exposé aux mass médias, les plus ouverts au monde. Chaque groupe contient des leader d’opinion, membres mieux renseignés, plus influents et étroitement conformes aux normes du groupe.
(Schéma 2sf Katz Lazarsfeld)
Ce sont le plus souvent des spécialistes, des gens qui vont servir de relais à l’information. Par exemple dans une université les médiateurs sont les enseignants spécialisés dans une discipline qui vont transmettre une information concernant leur discipline à leur étudiants. Autre exemple des décisions politiques peuvent être transmise par des syndiqués à leur famille, etc. La théorie du 2sf évoque un courant d’information en deux temps. C’est l’idée selon laquelle une information arrive à un public en étant relayée par les membres les plus influents du groupe. Cependant il faut relativiser l’approche : il y a deux niveaux d’information pour les mass médias, directe et indirecte. Grâce à ce modèle on va pouvoir étudier quelles sont les cibles privilégiées des mass médias, qui sont les leaders d’opinion, quel est leur réseau d’influence, comment reçoivent ils et traitent ils l’information, et comment transmettent ils ensuite ce qu’ils ont appris dans leur échange. L’intérêt de ce modèle va être justement de s’intéresser à l’importance d’une source d’information (média) sur une cible (public), chose importante aujourd’hui pour vendre, …
D. La communication de masse
La communication de masse appartient à notre quotidien et il est rare qu’un jour dans l’année nous n’ayons pas accès à une source d’information (télévision, journaux, radio). Le rôle des médias est important car nos connaissances, notre vision du monde se fondent sur eux. D’autre part les sciences sociales dans leur ensemble traitent beaucoup de la communication de masse (phénomène très étudié et pluridisciplinaire). Dans les modèles de la communication que l’on a vu jusqu'à maintenant il est fait assez peu de place à la source et au destinataire qui n’étaient pas vraiment perçus comme êtres humains, et au lien qui peut s’établir entre eux lors de la communication. Michel Louis Rouquette (1984) va donc proposer ses quatre phases inter reliées dans le processus de pénétration d’un message. 1. Les 4 phases inter reliées
Ce sont pour Rouquette : _ l’exposition _ la réception _ le traitement _ l’interaction
L’exposition : moment où l’individu s’expose ou se trouve exposé à une source d’information mais dans le même temps un grand nombre d’autres personnes sont aussi exposées à cette même source. L’individu appartient donc à un public ce qui nous permettra de distinguer la communication de masse d’autres catégories de communication. Foule : grand nombre de personnes réunies dans un même lieu Masse : grand nombre de personnes qui font la même chose au même moment mais qui ne sont pas rassemblées (ex : mort de Lady Diana, coupe du monde 98)
Réception : l’individu reçoit de cette source qui s’exprime par un certain canal un message caractérisé par son contenu et sa forme, autrement dit par des propriétés sémantiques et stylistiques.
Traitement : le message est ensuite traité (il fait l’objet d’un travail cognitif d’interprétation, de classification, d’intégration et de rétention à des degrés et à des modalités diverses). Par exemple quand on regarde le JT seules certaines informations sont sélectionnées. Ce travail cognitif dépend donc des déterminations proprement individuelles liées à l’histoire du sujet, à sa personnalité, à ses aptitudes qui renvoient donc à la psychologie de l’individu, mais aussi à des modalités trans-individuelles, socialement et culturellement différenciées.
Interaction : une fois la télé éteinte on réutilise ce que l’on a vu : c’est l’interaction. L’interaction est donc l’idée que l’activité cognitive est déclenchée ou accompagnée, relayée et informée à son tour pour par des interactions avec des partenaires(familles, amis, collègues). On a besoin d’échanger ce que l’on entend. Ces interactions constituent un aspect essentiel du phénomène de communication de masse car de cet aspect découle le fonctionnement et l’influence de la communication de masse dans nos sociétés modernes. Par exemple pour le cas de la constitution européenne les médias veulent informer les français pour les aider à se construire une réelle opinion. Cette opinion se fera par le relais d’information, ce qui peut avoir ses avantages et ses inconvénients.
2. Les perspectives d’étude de la communication de masse.
En psychologie sociale nous pouvons porter notre attention sur différents aspects de la communication de masse. Nous envisageons donc trois finalités dans l’études psychosociologique de la communication de masse.
_le point de vue descriptif _le point de vue prescriptif _le point de vue explicatif
2. Les perspectives d’études de la communication de masse
Comment travailler sur la communication de masse ? Il y a ici 3 points de vue à adopter : descriptif, prescriptif et explicatif.
Point de vue descriptif Outils d’analyse : observation, sondage, enquête On va étudier le lien entre un public récepteur et un émetteur en fonction de telle ou telle variable. On va décrire quelle population est concernée par quelle communication.
Point de vue prescriptif Ce qu’on doit faire pour … Ce point de vue vise à établir des conditions d’efficacité – on va regarder dans quelles conditions tel type de message aura une efficacité ou les répercussions d’un message sur un public récepteur. Il concerne surtout la prévention (Sida, Sécurité routière, …) mais aussi la publicité.
Point de vue explicatif On met à l’épreuve des modèles de causalité pour rendre compte des phénomènes d’influence mais aussi des phénomènes de transformation ou de rétention du message. Ici on est dans l’explication, la théorie (modèles de communication).
Ces 3 points de vue se complètent et peuvent apparaître les uns après les autres au cours dun étude.
3. Persuasion et communication de masse 3.1 La communication persuasive
On parle généralement de communication persuasive lorsqu’un message verbal dans la presque totalité des cas est conçu et organisé pour persuader et s’adresser à une ou plusieurs personnes pour leur faire adopter un certain point de vue (1984, Définition de Germaine de MontRollin). Une communication persuasive est donc généralement à sens unique et argumentée. Comment doit être la source pour être persuasive ?
3.1.1 La source
Caractéristiques : on dit que la source doit être crédible. De nombreux travaux (certains début 50’s) ont montré qu’une source crédible était plus persuasive qu’une source qui ne l’était pas. La crédibilité recouvre plusieurs aspects : - compétence - digne de confiance - objectivité - désintéressée
l’intention manifeste de la source : les gens n’aiment pas que l’on cherche à les influencer. Si ils s’aperçoivent que l’on cherche à faire cela il y a phénomène de réactance psychologique, phénomène émotionnel négatif qui survient lorsqu un individu sent que sa liberté de choisir est menacée. L’attrait de la source : l’attirance d’une source est d’ordre essentiellement affectif, elle touche aux réactions émotionnelles et aux jugements de valeur. Une source peut être attirante pour plusieurs raisons : élégance, beauté physique ; sa similitude avec nous (effet d’identification à cette source – par rapport à l’âge, aux valeurs, à la profession, etc.) ; sa familiarité ; sa sympathie. Tout cela augmente la persuasion, il faut souligner que l’implication de la source est importante par rapport aux thèmes qu’elle aborde.
3.1.2 Le message
Pour être persuasif un message doit être exprimé en termes tels qu’il puisse être compris. Les deux types de facteurs qui peuvent faire varier la persuasion au sein du message sont la forme et le contenu.
La forme : le message doit il être unilatéral ou bilatéral ? Il semble que l’argumentation unilatérale convainc davantage des individus qui ont des points de vue opposés ou éloignés. Doit on proposer une conclusion explicite ou implicite ? On se rend compte que plus les individus sont instruits et impliqués dans un domaine plus ils préfèrent tirer eux même leurs conclusions du raisonnement qui leur est proposé. La question de l’effet d’ordre : par rapport au message lui-même finalement il ne semble pas y avoir de règles précises.
Le contenu : On se demande souvent si il doit faire appel à la peur pour être persuasif. Cependant il s’avère qu’il est plus persuasif avec la peur dans le cadre de la prévention. C’est un type de persuasion surtout utilisé dans la santé mais il semble surtout que pour être efficace l’appel à la peur doit être accompagné de recommandations pour éviter le danger.
3.1.3 Le récepteur
Le sexe et le niveau d’instruction ne joue pas un rôle prépondérant pour le caractère persuasif du message. Le récepteur ne doit pas être prévenu : le fait de le prévenir qu’il va recevoir un message contraire à son point de vue augmente sa résistance à sa persuasion (immunisation contre la persuasion) On peut cependant être très influençable quand on touche à des choses que l’on a jamais remis en cause (truismes culturels : évidences dans la société). En effet nous ne sommes pas préparés à être remis en cause.
Tous ces facteurs peuvent intervenir dans le processus de persuasion et n’agissent jamais de manière isolée. Il faut toujours tenir compte de leurs interactions.
E. Un cas de communication de masse : les rumeurs
Rumeur de Nîmes (1988) 3 octobre 88 au matin : des quartiers de Nîmes sont inondés suite à de violents orages qui ont eu lieu dans la nuit. Dès le lendemain on imagine que le nombre de morts par noyade est considérable. Très vite une liste officielle des morts est publiée : 8 puis 9 morts par noyade. Malgré cette publication il y émergence d’une rumeur : il y aurait bien plus de morts que ce que les médias et les autorités veulent bien dire.
Des enseignants décident d’interroger leurs lycéens sur ce fait. Il s’avère qu’ils font souvent référence au Canal de la Fontaine. Ce canal cristallise tout ce qui aurait pu se passer cette nuit. Des lycéens ajoutent qu’il y a eu beaucoup de noyés mais que les pompiers et sauveteurs ont attendu la nuit pour repêcher les cadavres afin de limiter le choc chez les Nîmois. 676 lycéens répondent au questionnaire : 10% acceptent le chiffre de 8-9 noyés et 64% parlent de plus de 40 morts.
6 mois plus tard en avril 89 le chiffre officiel est toujours de 9 noyés et 18% des lycéens accordent crédit à ce chiffre.
Des enquêteurs décident en 98 d’interroger des nîmois sur ce fait : questionnaire sur 2050 personnes : seulement 35% acceptent le chiffre officiel. On voit bien ici que la rumeur est un phénomène qui s’inscrit dans le temps.
Comment arrive une rumeur ? Pourquoi ? Qu’est ce qui fait qu’elle arrive et se développe ?
Les sources sont toujours imprécises (FOAF – ADA) Il y a 4 types d’explication sur le pourquoi des rumeurs : - Affolement / choc émotionnel - Tendance à l’exagération (accentuation) - Absence de communication à un moment précis (incertitude) - Désir de se valoriser
On peut travailler sur deux aspects des rumeurs : le contenu et le processus Le processus à été étudié en grande partie par Allport & Postman en 1947. Ils ont mis en évidence le modèle des rumeurs en étudiant de fausses rumeurs en labo pour schématiser le l’entrée d’une information dans le processus humoral. L’étude du contenu s’intéresse plus au texte de la rumeur vraie et son pourquoi. On fait appel à la mémoire sociale. L’explication de la rumeur est vue du point de vue de l’histoire et de l’identité du groupe qui la propage.
Rouquette a beaucoup travaillé sur le phénomène de rumeur. Il explique que la rumeur est un phénomène collectif et que mis à part l’aspect processuel de la rumeur (la façon dont la rumeur se transforme et se modifie avec le temps) nous pouvons aussi nous pencher sur le rôle et la fonction que peut jouer la rumeur dans un groupe, une société, une collectivité.
Selon Rouquette il existe un certain nombre de fonctions sociales interdépendantes à la rumeur. Fonction explicative : elle permet de comprendre et de justifier un aspect de la réalité que les individus redoutent ou contrôlent mal.
Fonction pragmatique : elle va produire des changements de comportement, elle oriente les actions des individus. Dans ce rôle la rumeur a souvent une fonction morale. On peut citer par exemple une rumeur qui disait que lorsqu’on allait au cinéma on risquait de s’asseoir sur une seringue porteuse du VIH. La morale était que si tu te fait zisir tu risque un jour ou l’autre de tomber dans le ravin. C’est aussi une rumeur qui met à l’écart des autres.
Fonction d’intégration sociale : elle renforce la ressemblance entre les partenaires et forme un lien entre les gens qui la partagent.
Fonction de différentiation sociale : fonction complémentaire de la précédente, la rumeur accentue aussi la différence entre les groupes.
Ces travaux font partie d’un courant d’étude extrêmement développé à l’heure actuelle et qui rentre directement dans le champ de la communication de masse.
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