|
I. Introduction
1) L’émergence du sentiment d’amour maternel
Le statut de l’enfant n’a pas été toujours le même au cours des siècles. De nos jours, le sentiment d’amour maternel est considéré comme normal mais il est vrai qu’il n’a pas toujours existé, ou tout du moins s’est manifesté différemment au cours des siècles. Aujourd’hui l’amour maternel est le prolongement d’un processus qui mène du désir d’enfant au projet d’enfant. Des historiens se sont penchés sur la question de la représentation collective de l’enfance au cours des siècles et la manière dont a émergé le sentiment d’amour maternel. Pour Ariès, qui a écrit notamment « l’enfant et la vie familiale sous l’ancien régime », l’enfance a occupé une place réduite dans la représentation collective jusqu’à la fin du Moyen Age. Il situe la prise en compte de la spécificité de l’enfance fin 18e / début 19e. C’est à cette époque qu’apparaît le terme enfant pour désigner la tranche d’âge allant de la naissance à l’âge adulte, ainsi que le terme famille tel qu’il est considéré de nos jours. Est-ce que cela signifie qu’avant cette période la mère aimait différemment ou voire n’aimait pas son enfant ?
Antiquité Gréco-romaine On parlait plus de lien père enfant. La société était patriarcale : le père avait droit de vie ou de mort sur son enfant. Hippocrate considère naturel la question de savoir quel enfant il s’agit de garder ou pas. De même, Aristote classe l’enfance parmi les maladies. On peut finir en ajoutant que c’était le souci d’éduquer et non d’aimer qui était au cœur des relations père enfant, car l’éducation était le seul moyen possible de faire sortir l’enfant de son statut d’être imparfait pour l’amener à celui d’adulte. Nous constatons donc que la relation mère enfant était quasi inexistante à cette époque. Moyen Age La situation était pire pour l’enfant à cette époque : la reconnaissance d’une spécificité infantile n’existait pas. C'est-à-dire que lorsque l’enfant n’était plus dépendant physiquement de sa mère il entrait dans le monde des adultes, et donc travaillait aussi durement que ses parents. La religion Catholique a grandement influé la représentation que l’on devait se faire de l’enfant. Pour l’Eglise un enfant n’acquiert une âme que 40 jours après sa naissance si c’est un garçon et 80 jours après si c’est une fille. Pendant cette période sa nature est corrompue et il est condamnable pour ses pêchés, dixit St Augustin. Dans le même genre, le Cardinal de Bérulle (16e siècle) affirme que l’enfance est l’état le plus vil et le plus abject de la nature humaine après la mort, et Bossuet (17e siècle) réduit l’enfance à la vie d’une bête. La seule tâche des parents est d’éduquer, chose bien souvent faite de manière répressive et allant à l’encontre des désirs de l’enfant. Cette conception de l’enfant continuera jusqu’au 18e siècle. La raison pour laquelle l’Eglise condamnait l’amour qu’une mère pouvait donner à son enfant est simple : la satisfaction du désir d’un enfant favorise la tendance naturelle de l’enfant à se rapprocher du péché. Vivès (15e) recommandait au mère distance et froidure envers leurs enfants. A priori donc, nous pourrions penser qu’il n’existait aucun amour maternel à cette époque, celui-ci étant proscrit. Badinter, pourtant, dans « l’amour en plus », pense que si l’Eglise considérait que l’attachement était un risque pendant toute cette époque, c’est bien la preuve qu’il existait un sentiment d’amour maternel à la base. De même au 17e il est de bon ton, dans les familles bourgeoises, de ne pas éduquer son enfant (cette tâche était considérée comme une basse besogne pour la femme) : celui-ci est donc placé en nourrice plutôt que d’être abandonné. Ce mouvement s’étendra au 18e aux autres couches sociales avec cependant une raison plus économique que le prestige (la mère pouvait ainsi consacrer plus de temps à son travail). Nous repérons donc un sentiment d’amour maternel puisque la mère préférait le mettre en nourrice plutôt que de le tuer à la tâche et montrant donc un changement radical de mentalité de la part de tout le monde. Début 18e La représentation collective concernant l’image de la mère et de l’enfant évolue de façon radicale. Cette transformation est due à la pensée des philosophes (notamment Rousseau, « l’Emile »). Les philosophes définissent l’enfant comme un être naturellement bon et il s’agit donc de respecter cette bonté originelle : on passe donc d’une attitude de dressage et d’éducation à une nouvelle pédagogie destinée à l’age le plus précoce de la vie. Les traités de médecines se multiplient, les manuels de puériculture apparaissent, recommandant aux mères de s’occuper elles-mêmes de leurs enfants. Le lien mère enfant est beaucoup mieux vu à cette époque (ex. tableaux) et c’est à cette période qu’apparaît la famille moderne : les mères passent plus de temps avec leurs bébés, font passer le plaisir du bébé avant le leurs, etc. Signalons également que c’est à partir de cette époque que l’Etat va réglementer la mise en nourrice. (n !)
Six « modes » se seraient ainsi succédées au cours des siècles : _Le mode infanticide : Antiquité _Le mode rejetant : Début du Moyen Age _Le mode ambivalent : 14e – 17e (mise en nourrice) _Le mode envahissant : 18e _Le mode socialisateur : 19e _Le mode coopératif : 20e jusqu'à nos jours
Il est difficile d’évaluer de façon rétrospective les expressions de l’amour maternel. Par exemple Ariès a été critiqué pour l’indifférence qu’il met en avant durant la période du Moyen Age. Ses recherches ont été faites à partir de l’iconographie, la littérature, activités dont les bourgeois seuls pouvaient jouir. Ainsi, les études se révèlent sûrement vraies pour les couches supérieures de la population mais il n’en est peut être pas de même pour les couches inférieures de la population. De toute façon s’il est vrai que les mères n’aimaient pas leurs enfants, il faut aussi prendre en compte le contexte socio économique de l’époque et que pour les couches les moins aisées de la population l’enfant constituait une vraie gêne pour le travail des femmes. L’indifférence à l’égard de l’enfance peut aussi être expliquée par le fort taux de mortalité infantile et la faible espérance de vie (23 ans pour un homme et 25 pour une femme en moyenne au 18e. Il est donc vrai, selon Elisabeth Badinter, « qu’il n’est pas question de conclure au manque d’amour maternel. Tout au plus pourrait-on conclure sur la supériorité de l’instinct de vie sur l’instinct maternel »
2) Qu’est ce que l’affectivité ?
Selon R. Zazzo c’est une notion dépourvue de toute valeur opérationnelle parce qu’elle est à la fois une abstraction mal définie et un mot à résonance émotionnelle. Le principal obstacle rencontré par l’affectivité pour devenir objet d’étude scientifique est que celle ci est dépourvue de valeur opérationnelle, et est donc difficile à quantifier : on ne peut pas l’observer de manière objective. Cette notion renvoie à des expériences subjectives et difficilement appréhendables à travers des manifestations observables du comportement de l’individu. Dans un premier temps l’affectivité a été le principal objet d’étude de la psychanalyse. La théorie freudienne se caractérise par son mode d’approche de l’affectivité : premièrement il s’agit de comprendre le développement de l’affectivité de l’enfant de façon rétrospective (c'est-à-dire que toutes les théories psychanalytiques classiques sur le développement de l’affectivité ont été construite à partir de discours de patients adultes en psychanalyse, il y a quand même quelques exceptions, comme Freud avec le jeu de la bobine, mais elles restent rares). Deuxièmement on étudie la pathologie pour mieux comprendre le développement dit normal (on part de l’idée que dans la pathologie et la normalité c’est le même processus qui s’opère à part que dans la pathologie ces mécanismes sont grossis). On dit que l’enfant des psychanalystes est un enfant de reconstruction. Psychanalystes célèbres : Freud Sigmund et Anna – Spitz – Klein – Bion – Mahler. Dans les années 1950 s’est opérée une véritable évolution dans les thèses mises en avant pour expliquer le développement psycho affectif. John Bowlby a fourni aux psychologues une ouverture possible sur la scientificité de l’étude de l’affectivité, en fondant sa théorie de l’attachement. Il a construit sa théorie de telle sorte qu’elle puisse appréhendé et étudié à travers des observables (les comportements d’attachement). Bowlby a établi différents types d’attachement, 3 précisément, parce que l’affectivité se distingue de manière qualitative. Cette théorie a permis de comprendre le lien mère enfant, et dans une autre mesure le lien père enfant. Il faut souligner que les psychanalystes n’avaient jamais étudié ce dernier, parce qu’ils considéraient que le père n’avait d’influence sur le développement affectif de l’enfant qu’à partir du complexe d’Œdipe. Mais avec la théorie de Bowlby et le contexte actuel des études sur le lien père enfant ont été menées. Il ne faut pas croire que l’on peut isoler l’affectivité d’un autre secteur de développement. Un être humain fonctionne sur 3 sphères : la sphère cognitive, la sphère affective et la sphère sociale. Un nourrisson fonctionne sur ces trois niveaux à la fois. Des chercheurs de plus en plus nombreux ont pensé que si il y a intelligence dès la naissance cette intelligence est sociale, donc l’affectivité et l’intelligence du bébé sont interdépendant, et le trait d’union entre ces deux secteurs est la mère. « Un bébé ne peut pas exister seul _ il faut essentiellement partir d’une relation ». Il est impossible d’exclure la mère quand on étudie un nourrisson ou un enfant. Si l’on revient au principe de sphères évoqué plus haut, et plus particulièrement à l’intelligence sociale, ce sera la mère qui aura pour rôle d’encadrer et de révéler cette intelligence. En conclusion on ne peut pas étudier l’intellect du bébé si l’on n’étudie pas ce qui se passe entre la mère et son enfant.
II. Les travaux pionniers sur le développent affectif du jeune enfant
1) La carence affective
Après la seconde guerre mondiale, de nombreux enfants orphelins sont placés en pouponnières. A la fin des années 1940, de nombreux psychologues et psychanalystes s’inquiètent du devenir des enfants placés dans ces institutions, parce qu’ils connaissent une multiplicité de personnes s’occupant d’eux et qu’ils ne peuvent lier de véritables liens (pauvreté des échanges). Il y a danger de pathologie mentale et même de mort : en 1920, par exemple, en Allemagne, 7 orphelins sur 10 mourraient. Spitz René (1887–1974) Médecin à Vienne, puis à Budapest, Spitz a été analysé par Freud. Avant la seconde guerre mondiale il a émigré aux Etats-Unis où il devient chercheur en psychologie de l’enfant, enseignant et psychanalyste. Spitz a été le premier psychologue à avoir schématisé un tableau sur la carence affective. En 1946 il a observé 123 nourrissons dans leur pouponnière. Il découvre dans cette institution, où les principes d’hygiènes et les soins sont respectés, la présence de syndrome dépressif qu’il va décrire sous le terme de dépression anaclitique ou syndrome de carence affective. Il y a carence lorsque l’on observe chez l’enfant un état de détresse et de souffrance car il est privé de soins maternels et donc d’une relation affective dont il devrait normalement bénéficier.
La dépression anaclitique Se caractérise par ces faits : -au début l’enfant pleure beaucoup. -un mois plus tard environ, ces pleurs se transforment en gémissements plaintifs, il commence à perdre du poids et son quotient de développement (QD) s’arrête. -deux mois plus tard il refuse le contact, reste allongé à plat ventre dans son berceau, a des grosses difficultés à dormir et tombe très facilement malade. Il arrive qu’il se cogne la tête contre les barreaux du lit, de se frapper, de s’arracher les cheveux. Il montre enfin une certaine rigidité faciale. Ce syndrome est réversible si la séparation ne se prolonge pas plus de 3 à 5 mois ou si l’enfant peut disposer d’un substitut maternel. Si il se prolonge plus de 5 mois, Spitz parle d’hospitalisme ou de syndrome de carence affective totale. Forme plus sévère de la dépression, ce syndrome affecte la locomotion, l’alimentation, l’apprentissage des phonèmes et le développement du langage, et l’enfant est menacé de mort. Ce syndrome se manifeste par : -un retard du développement psycho moteur plus ou moins réversible. -des troubles du comportement allant de troubles de l’humeur à l’autisme. -une certaine fragilité physique. Pour Spitz, ce sont les enfants ayant connu une séparation au cours du second semestre de vie avec la mère et avec laquelle ils avaient établi une relation positive que l’on observe ces syndromes. La rupture d’une relation chaleureuse peut avoir ces effets. L’enfant construit une véritable relation pendant la première année. Il s’est développé aux Etats-Unis un intérêt pour l’éducation de jeunes enfants en orphelinat. Le devenir de ces enfants dépend de : -la qualité des soins avant la séparation. -la présence d’un substitut maternel. -l’âge de la séparation. -le niveau de maturation. Psychanalystes et psychologues ayant travaillé sur les enfants carencés : Anna Freud – Dorothy Burhingam – Myriam David – Geneviève Appell – Jenny Aubry Jenny Aubry Pédiatre puis psychanalyste. En 1946 elle dirige un dépôt de l’assistance publique (où étaient déposés les enfants de moins de 3 ans séparés de leurs mères et en grande détresse). Elle insiste sur le fait que la privation de soins maternels comporte 2 éléments qu’il faut dissocier : -la séparation avec la mère. -la carence de soins maternels. Les conséquences sur le développement de l’enfant de cette séparation dépendent des conditions de cette séparation mais aussi de la qualité de la relation mère enfant avant cet événement et de l’âge de l’enfant. Si la séparation a lieu entre 0 et 2 mois et si elle est unique (une seule nourrice) et suivie de bons soins, la conséquence est plutôt positive. Si la séparation a lieu entre 8 et 9 mois, la conséquence est un cas de détresse avec un tableau proche de Spitz. Aubry définit la carence de soins maternels comme maladie chronique à évolution lente qui peut aboutir à des lésions irréversibles.
Ces travaux ont été déterminants pour reconnaître l’importance des soins maternels pour le développement psychique et physique de l’enfant. On comprend bien que les observations ont montré qu’il existe dès les mois de vie une structure psychique et organisée dont le développement dépend de la qualité des soins maternels. A partir de cette reconnaissance, qui s’est faite assez progressivement, des mesures de prévention et de prise en charge ont été mises en place : -placer les enfants en nourrice plutôt qu’en institution. -éviter la multiplicité des placements. -favoriser à la fois l’établissement d’un lien enfant substitut tout en évitant une séparation brutale avec la mère. -favoriser la présence de la mère durant l’hospitalisation de son enfant. -favoriser l’aide psychologique dans ces institutions aussi bien pour l’enfant que pour le personnel. Grâce à ces mesures, ce syndrome de carence affective a quasiment disparu en France. On peut parler de carence maternelle lorsque l’enfant reçoit de sa mère des soins inadéquats (mère peu réceptive, etc.), dans ce cas là, on parle de carence affective qualitative. On parle de carence affective quantitative lorsque la mère est absente.
2) Les travaux éthologiques
Ethologie : science qui étudie les comportements d’animaux non pas dans une démarche expérimentale (behaviorisme) mais dans le but de les observer et de les décrire. Conrad Lorenz Il découvre dans les années 1930 le mécanisme d’empreinte chez les oies cendrées et le défini comme étant un mécanisme inné permettant aux petits qui viennent de naître de suivre ou de s’agripper au premier objet mobile qu’ils voient (généralement la mère). Le fonctionnement de ce concept inné est de reconnaître les caractéristiques des partenaires sociaux afin de s’orienter vert eux pour éviter le danger et se protéger. Lorenz défini aussi le concept de la période critique : une période plus ou moins prolongée au-delà de laquelle les apprentissages mais aussi le mécanisme d’empreinte ne sont plus possibles (exemple : l’empreinte se réalise entre la 12e et la 24e heure après éclosion. Ce concept a été repris chez l’homme pour qui on parle alors de période sensible (période durant laquelle certains apprentissages doivent être faits et au-delà de laquelle ces apprentissages ne sont plus possible). Utiliser ce concept chez l’homme a donné lieu à bien des interrogations car chez l’homme ce phénomène n’est pas irrémédiable et il y a toujours possibilité de désapprentissage. Cependant il peut toujours y avoir résilience. Harlow Harlow a remis en cause dans les années 1950 la théorie de l’étayage mise en place par les psychanalystes (à l’origine du lien mère enfant se situe la satisfaction des besoins alimentaires). Sa recherche est partie d’un acte fortuit : il travaillait sur les macaques lorsqu’une épidémie s’est propagée. Il décide donc de séparer les bébés singes de leur mère pour éviter que l’épidémie se développe. Suite à ça, il remarque que ces bébés recherchent le contact avec des objets laissés dans la cage tel que chiffon et couverture. Harlow qui s’est révélé très intéressé par les travaux de Spitz a entreprit l’expérience suivante, qui se porte sur des bébés singes séparés de leurs mères dès leur naissance : après séparation il présente à l’animal deux mères substituts : l’une en fil de fer pourvut d’un biberon et l’autre recouverte de tissu éponge mais non allaitante. Harlow a observé que les bébés singes passaient plus de temps auprès de la mère tissu qu’avec la mère fil de fer. Les bébés singes en situation de peur se réfugiaient avec la mère en tissu et manifestaient détresse en son absence, et cela en dépit de la présence de la mère fil de fer. Avec ces résultats Harlow en est arrivé à la conclusion que le facteur le plus important dans la création du lien mère enfant n’est pas la nourriture mais le besoin de contact physique, remettant en cause la théorie de l’étayage. Attention aux parallélismes qu’on peut tenter de faire entre homme et animal (appliquer les résultats observés chez l’animal sur l’homme). Toutefois l’éthologie a beaucoup influencé la psychologie du développement par sa méthode, à savoir observer l’individu dans son milieu de vie naturel. A la fin du 19e la théorie de l’évolution de Darwin permet ce parallélisme entre homme et animal et influence tous les travaux scientifiques de l’époque. On a de plus remarqué, que cela soit en psychanalyse ou en éthologie, que l’absence de relation à une personne privilégiée a des effets dramatiques sur le devenir du bébé, humain ou animal. On peut voir ici une coïncidence historique entre 2 champs théoriques différents mais dont la conclusion est que la proximité physique de la mère remplit un besoin primaire. J. Bowlby, psychanalyste de l’époque s’est servit de cette convergence et de ses résultat pour fonder sa théorie de l’attachement, théorie expliquant comment se construit le lien mère enfant. Globalement, 2 modèles théoriques expliquent comment l’enfant s’attache : la théorie psychanalytique (Freud, Klein, etc.) et la théorie de l’attachement.
3) Les travaux de Bowlby
Bowlby : issu d’un milieu riche (élite intellectuelle de Londres). Né en 1907. N’a jamais été élevé par sa mère et a été mis en internat à l’âge de 8 ans. Il entreprend des études de médecin qu’il interrompt pour travailler dans une institution où il observera les relations entre troubles du comportement chez l’enfant et l’histoire de ceux-ci. Il devient en 1930 psychanalyste à Londres et est supervisé par M. Klein). Bowlby va analyser par la suite le fils de M. Klein. Les rapport entre Bowlby et Klein ne seront pas très bon de par leur points de vue divergents : Bowlby accordait de l’importance à l’environnement et plus particulièrement aux soins maternels pour expliquer la nature du lien mère enfant. Klein, au contraire, ne l’intéressait qu’a la vie fantasmatique du bébé et négligeait ce qui pouvait lui arriver dans la réalité. Cette divergence sera cause de désaccords par la suite : Bowlby s’éloignera de la psychanalyse. Nous pouvons dire aussi que de façon générale Bowlby était beaucoup plus proche de Winnicott, qui a été le premier psychanalyste à prendre en compte l’importance des soins maternels dans le développement psychique du bébé. En 1940, Bowlby entreprend des recherches sur 44 délinquants âgés de 6 à 16 ans en suivant la démarche expérimentale (groupe contrôle/groupe étude). En menant des entretiens avec ces enfants il constate que bon nombre d’entre eux (40%) on subit des séparations douloureuses avec leur mère durant leur enfance (entre 6 mois et 5 ans). Il a aussi prouvé que 70% des enfants présentaient une personnalité « dépourvue de tendresse », qui se manifeste par le fait que ces enfants sont apparemment sociables mais peu réactifs à la punition et surtout ne s’attachent à personne. En 1946, Bowlby travaille à la Tavistock clinic de Londres où il engage James Robertson, travailleur social de formation psychanalytique, pour observer les effets de la séparation mère enfant dans les milieux hospitaliers. Bowlby fera des films de ces études, ainsi en 1952 il signe son premier film avec pour sujet Laura, jeune fille âgée de 12 ans 5 mois et séparée de ses parents lors d’une hospitalisation, puis, en 1969, un deuxième film sur John, jeune garçon d’1 ans 5 mois mis en crèche pendant 9 jours consécutifs suite à l’accouchement de sa mère. Il faut savoir se remettre dans le contexte de l’époque : les crèches de 69 ne sont pas celle de maintenant : il n’y avait pas de référent (aucune nurse exclusive à un bébé) et les nurses n’étaient pas formées comme celles d’aujourd’hui. Avec ses films Bowlby a mis en évidence 3 phases dans la réaction à la séparation : _PROTESTATION => Réponse active à la séparation : pleurs, cris, essaye de rétablir le contact avec la mère. _DESESPOIR => Plus passif suite à ses échecs le bébé perd tout intérêt pour son environnement, refuse de s’alimenter et présente des troubles végétatifs. _DETACHEMENT => Le bébé est indifférent par rapport au monde extérieur et ne présente aucun comportement visant à rétablir la proximité. En 1948, l’OMS demande à Bowlby de faire un rapport sur les enfants sans famille et il part donc aux Etats-Unis.
VISIONNAGE DE DEUX FILMS 5/11/04 JOHN 17 mois – 9 jours en pouponnière parce que sa mère était enceinte. John est plutôt calme et tranquille - sa relation avec sa mère est positive. Voyons l’évolution de ses comportements durant les 9 jours de sa mise en pouponnière : 1er jour : John mange bien et joue bien cependant il est perturbé par les autres enfants. Il essaye quelquefois de trouver réconfort auprès de peluches car ses tentatives pour aller vers les nurses restent vaines. John ne reconnaît pas son père tout de suite lors de sa visite et voit 4 nurses différentes au cours de la journée. 2ème jour : John erre sans but, n’arrive pas à se lier avec les nurses bien qu’il se montre prêt à établir une relation avec, et pleure lorsque son père repart (il veut repartir avec). 3ème jour : Autre équipe de nurses. 4ème jour : John pleure, est atteint de vomissements inexpliqués (il n’est pas malade), refuse de se nourrir et se montre un peu plus violent qu’à l’accoutumée. Il trouve réconfort auprès de nounours. 5ème jour : Même symptômes que la veille. 6ème jour : Autre équipe de nurses. John pleure, ne mange pas, malgré le fait qu’il ne soit pas malade. La visite du père lui apporte une lueur d’espoir : il veut repartir avec mais ne pourra pas 7ème jour : John se montre amorphe et indifférent. Il ne joue pas, ne mange pas, pleure. 8ème jour : Même symptômes que la veille. 9ème jour : John ne reconnaît pas sa mère de prime abord. Il se détourne d’elle et refuse son contact. Il se blottit contre ses peluches. LOCZY Orphelinat localisé à Budapest, Hongrie, crée par Annie Pikler en 1946. Loczy peut être considéré comme précurseur en terme de soins envers le bébé. Annie Pikler a apprit à ses nurses à s’occuper des bébés autrement, c'est-à-dire de façon non mécanique car elle savait que les soins maternels étaient nécessaires au bon développement psychique de l’enfant. Chaque nurse est assignée à un petit groupe de bébé et n’en change pas. Elle peut être donc considérée comme substitut maternel. Les bébés à partir des soins qu’ils reçoivent se construisent une base de sécurité qui leur permet d’être plus autonome durant les périodes de non soin.
Bowlby mena un véritable combat pour montrer aux psychanalystes et aux professionnels de la petite enfance que l’absence de la mère pouvait donner naissance à une expérience traumatique. Cependant ses travaux ne sont pas exempts de critiques : pour la plupart c’est plus le manque de stimulation que le fait d’avoir été séparé qui est à l’origine des troubles pathologiques observés. Bowlby et Robertson ont mené une campagne d’information où leurs films ont été diffusés, campagne ayant eu lieu dans tout endroit où un enfant aurait de forte chance d’être séparé de ses parents (pouponnières, hôpitaux, etc.). Il est a noter aussi que Bowlby a toujours été pour les familles d’accueil et contre les institutions. III Les principaux concepts de Bowlby
1) de différents courants théoriques
Bowlby a été influencé par un certain nombre de découverte faites dans différentes disciplines différentes de la psychologie, ce qui montre bien qu’il rejette la théorie psychanalytique et sa théorie de l’étayage. Courant éthologique Harlow a montré que le réconfort, le contact corporel constitue un facteur primaire pour favoriser l’affection du bébé primate envers sa mère. Bowlby est convaincu que l’éthologie peut beaucoup apporter à la compréhension de la nature du lien mère enfant chez les humains. Pour lui les espèces animales présentent des comportements assimilables à ceux de l’attachement observable chez l’homme. Quand il parle de ces comportements ce sont surtout des comportements liés à une recherche de contact, de proximité vers l’adulte. Observer cette similitude entre animaux et être humain permet à Bowlby d’affirmer que le nouveau né humain vient au monde avec une tendance à rechercher le contact avec autrui (similitude homme/primate). Bowlby s’intéresse aussi aux travaux de Lorenz et va s’inspirer du concept d’empreinte et donc, pour lui, l’attachement de l’enfant à sa mère repose sur des mécanismes semblables à celui de l’empreinte. Bowlby va affirmer dans sa théorie que des caractéristiques innées du bébé lui permettent de favoriser cette proximité mère enfant. Le nouveau né arrive au monde avec un besoin inné d’autrui, et est équipé de comportements (innés) qui vont lui permettre de favoriser la proximité avec la mère. Théorie de l’évolution Darwin, dans sa théorie, émet l’hypothèse selon laquelle il existerait une souche commune à toutes les espèces, et un mécanisme de sélection naturelle grâce auquel seules les espèces qui ont su s’adapter à leur milieu survivent tandis que les autres disparaissent. Bowlby a beaucoup été influencé par Darwin et sa théorie et a emprunté un mode d’explication du fonctionnement de l’attachement humain selon une perspective de survie de l’espèce. Les comportements d’attachement ont pour but de rétablir le contact avec la mère. Cette recherche de proximité se révèle être un comportement adaptatif puisque cette proximité améliore les chances de survie de l’homme et à plus long terme de l’espèce et ainsi le maintien de la proximité avec l’adulte fournit une protection, une base de sécurité au jeune enfant qui est trop immature pour se défendre seul.
Cybernétique Théorie qui explique comment les informations sont traitées. Bowlby reprend le concept d’homéostasie : l’humain maintient l’équilibre par une auto régulation en fonction des informations qui lui proviennent de son environnement. Concrètement les comportements d’attachements forment un système qu’on appelle orienté vers un but (rétablir le contact), et est régulé par des systèmes qui tiennent compte des informations provenant du milieu (exemple : un enfant pleure (comportement d’attachement) pour rétablir la proximité. Sa mère ne vient pas. Il va réguler son comportement d’attachement en redoublant de pleurs). C’est ce qu’on appelle une système de régulation par feedback. Théorie cognitive Bowlby a aussi réfléchi dans sa théorie sur la façon dont les individus intériorisent leurs modèles d’attachement. Il fait référence à la théorie de Tulving sur l’intériorisation des relations.
2) Les différents comportements d’attachement
Pour Bowlby il existe chez l’être humain dès la naissance un besoin d’attachement primaire et donc il dispose de comportements d’attachement innés qui vont lui permettre de construire son attachement avec sa mère. Attention le bébé n’est pas attaché dès la naissance, mais il dispose de comportements innés pour le devenir. Il existe 5 comportements dès la naissance, selon Bowlby : _Pleurs _Sourires _Agrippements (Grasping) _Suivre (du regard) _Vocalisations et émissions vocales Ces comportements d’attachement induisent une réponse d’une personne privilégiée. Le plus souvent la figure d’attachement est la mère mais Bowlby parle plutôt de caregiver, la personne qui « fourni des soins ». C’est à partir des réponses que ce caregiver donne que l’enfant va construire petit à petit son lien d’attachement. On ne peut parler de véritable lien d’attachement entre l’enfant et la mère que lorsque ce dernier atteint 1 an.
3) Etapes de développement de l’attachement
Selon Bowlby l’attachement se construit en 5 grandes phases : . De 0 à 2 mois : Phase de pré attachement. Le bébé manifeste les comportements d’attachement mais le fait de manière indifférenciée selon les personnes. . De 2 à 7 mois : L’attachement est en train de se faire. L’enfant utilise les comportements en différentiant moyens et buts. Il commence à différencier les personnes mais la substitution de la principale figure d’attachement reste encore possible. C’est pendant cette période que l’enfant développe un nouveau type de comportements d’attachement : les comportements d’attachements rectifiés quant au but. En opposition aux comportements d’attachement innés, involontaires, ces comportements sont émis volontairement et sont régulés en fonction du fait que le but soit atteint ou non (principe de feedback). . A partir de 7 mois, l’enfant construit un lien privilégié avec le caregiver dont la substitution ne sera plus possible. Les signes les plus courants de cet attachement sont une certaine détresse lors du départ du caregiver et une méfiance envers les étrangers. Spitz avait élaboré la théorie des organisateurs psychiques. Selon lui, il existe 3 organisateurs du développement psychique chez l’enfant : l’apparition du sourire intentionnel à 3 mois, l’angoisse de l’étranger vers 7 – 8 mois, et l’apparition du « non » (avec la tête) vers 15 mois. Bowlby s’est inspiré de cette théorie dans le sens où il soutient le fait que l’enfant présente une certaine méfiance envers les étrangers. . De 12 à 18 mois, l’enfant commence à se déplacer sur ses deux jambes. Il utilise sa mère comme base de sécurité pour aller explorer le monde alentour. C'est-à-dire que dès qu’il est sûr que sa mère est là pour répondre à ses comportements d’attachement, il part à la découverte du monde qui l’entoure. . De 18 mois à 3 ans, on parle de partenariat ajusté car l’enfant est capable de comprendre le point de vue d’autrui. La relation d’attachement est caractérisée par un équilibre entre besoin d’autonomie, de maîtrise de soi et d’exploration.
4) Les travaux de Mary Ainsworth
Mary Ainsworth: 1913 – 1999 Elle a travaillé pendant plusieurs années dans l’équipe de Bowlby à Londres et a entreprit 2 études importantes influencées par les études de Bowlby mais aussi par sa propre conception de la notion de base de sécurité. A la fin des années 1950 elle entreprend sa 1ère étude qui porte sur 28 enfants observés en Ouganda, dans leur milieu de vie familial (observation naturaliste). Ainsworth voulait observer les signaux d’attachement de l’enfant et les réponses des adultes et rendre compte de la qualité des soins. Son objectif était de décrire la présence ou non d’attachement et quelles étaient ses caractéristiques. Elle trouve qu’il y a d’importantes différences entre les enfants dans la façon qu’ils ont à utiliser leur mère comme base de sécurité. A partir de ce travail et des idées de Bowlby elle met en évidence trois formes d’attachement et elle met en relation ces variations au niveau de l’attachement avec la qualité des interactions mère bébé. Sa 2ème étude prend place aux Etats-Unis, en Baltimore, à la fin des années 60. Elle porte sur 23 enfants américains observés dans leur milieu de vie habituel. Son objectif est maintenant de savoir si les types d’attachements observés chez les enfants ougandais sont les mêmes que ceux observés chez les enfants américains. Si cela l’est, cela signifierait que ces comportements sont universels. Son apport à la théorie de Bowlby est important : elle suggère notamment que les enfants utilisent la personne maternante pour se protéger d’un éventuel danger mais aussi comme base de sécurité pour l’exploration du monde environnant. Plus précisément le système d’attachement est caractérisé par l’équilibre dynamique entre recherche de proximité et besoin d’exploration, ce qui signifie que plus l’enfant se sentira en sécurité plus il se permettra de s’éloigner de sa mère pour satisfaire son besoin d’exploration, et que plus le sentiment de sécurité sera menacé plus l’enfant recherchera la proximité avec la figure d’attachement afin de le rétablir. Ses travaux ont considérablement avancé la théorie de l’attachement dans le sens où elle a construit un outil qui permet d’évaluer le pattern d’attachement que l’enfant présente : la « strange situation ».
5) La strange situation et les différents types d’attachement
Dire qu’un enfant est plus attaché qu’un autre à sa mère n’a pas de sens. L’attachement n’est pas quantifiable : ce que l’on observe ce sont différents types d’attachement selon les enfants. Pour évaluer le type d’attachement d’un enfant, on le met en situation d’observation standardisée et dans un contexte bien spécifique où l’on contrôle des variables très précises (ce n’est pas une observation naturaliste où l’on ne contrôle pas les variables). Le paradigme d’étude (méthode d’étude) est donc bien structuré. On peut utiliser la strange situation pour évaluer les types d’attachements de l’enfant de plus d’un an.
La strange situation se constitue de 8 épisodes construits de telle façon que le niveau d’anxiété du bébé augmente au fur et à mesure que l’expérience se déroule. Le bébé est introduit avec sa mère et une personne étrangère dans une pièce inconnue, dans laquelle il y a dans un coin les sièges où les sujets doivent s’asseoir et dans un autre des jouets, etc. L’observateur est hors de la pièce et observe la situation derrière une vitre sans tain. Chaque épisode dure 3 minutes sauf en cas de trop grande détresse de l’enfant. On fait donc passer cette procédure à l’enfant et à la mère et on va « coter » un certain nombre de comportement de l’enfant (notamment ceux pendant lesquels la mère est là, lorsqu’il est seul, et lorsqu’il est avec l’étrangère).
EPISODE PROCEDURE 1 : Mère / enfant / expérimentateur La mère et l’enfant sont introduits dans la pièce par l’expérimentateur 2 : Mère / enfant La mère et l’enfant restent seuls dans la salle 3 : Mère / enfant / inconnue La personne inconnue rentre dans la pièce, parle avec la mère et sollicite l’enfant à travers jeux et paroles 4 : Enfant / inconnue La mère sort et l’enfant reste seul avec la personne inconnue 5 : Mère / enfant La mère revient et la personne inconnue s’en va 6 : Enfant La mère quitte la pièce et laisse l’enfant seul 7 : Enfant / inconnue La personne inconnue entre 8 : Mère / enfant / inconnue La mère revient
A partir des observations que l’on tire de ces épisodes on peut repérer 3 types d’attachement qui peuvent être de 2 types : secure et insecure L’attachement secure correspond au type d’attachement B. L’attachement insecure peut correspondre soit au type d’attachement A (dit évitant) soit au type d’attachement C (dit ambivalent).
Attachement de type B : Lorsque la mère n’est pas là elle lui manque (pleurs, etc.). Lors des retrouvailles l’enfant est actif (grasping, veut être pris dans les bras, etc.) et une fois que cette proximité a été retrouvée l’enfant retourne jouer. Attachement de type A : L’enfant ne pleure pas lors de séparation avec la mère, il s’intéresse au jouets et à l’environnement tout au long de la procédure et lorsque la mère revient l’enfant l’ignore et si elle s’approche il s’écarte d’elle, cherchant même à s’échapper lorsqu’elle veut le prendre dans ses bras. Attachement de type C : L’enfant est préoccupé par la mère tout au long de la procédure, lorsque la mère quitte la pièce il manifeste vivement sa détresse et lorsque sa mère revient on observe à la fois des sentiments de colère et un besoin d’être réconforté. Lorsque la mère essaye de le consoler il continue de pleurer et n’arrive pas à aller explorer les objets.
6) Les comportements de caregiving
Ces types d’attachements se trouvent sur des enfants ne présentant aucun trouble pathologique. Le type d’attachement est déterminé par le comportement de la mère envers son enfant, lui-même déterminé par celui de sa mère, etc. Quand la mère répond à des comportements d’attachement sensiblement l’attachement sera de type secure et si elle se montre insensible l’attachement sera de type insecure.
L’enfant présente un attachement de type secure si, quand il est confronté à une situation stressante il peut compter sur sa mère qui est disponible. Avec cette assurance il peut s’éloigner d’elle pour aller explorer le monde. Ce type d’attachement est favorisé par une mère qui a été au cours de la 1ère année mais surtout au cours des 6 premiers mois disponible, c'est-à-dire sensible aux signaux d’attachement de son enfant. L’enfant présente un attachement de type insecure ambivalent si il n’est pas certain que sa mère sera disponible si il fait appel à elle. Du fait de cette incertitude il est toujours sujet à une angoisse de séparation, il tend à s’accrocher à elle et se montre angoissé pour explorer le monde environnant. Ce type d’attachement est favorisé par une mère qui est disponible dans certaines circonstances et non disponibles dans d’autres (comportement non constant). Lorsqu’un bébé a une mère qui ne parvient pas à tenir compte de son état émotionnel et qu il est livré à lui-même, il se rend compte qu’il ne peut partager ses sentiments avec personne et cette impossibilité va le conduire à inhiber ses comportements d’attachement. Par la suite il va adopter une attitude d’évitement avec ses proches pour éviter que ses comportements soient réactivés. Les mères de ce type d’enfant ont souvent des difficultés à trouver du plaisir à interagir avec leur bébé, montrent une certaine aversion au contact corporel, et aussi une absence d’expression émotionnelle (empathie).
7) Questions contemporaines posées par la théorie de l’attachement
Cette théorie est dynamique : elle a beaucoup évoluée entre le moment où Bowlby l’a exposée et aujourd’hui. On a pu se poser la question de l’attachement au père entre temps. La société a beaucoup évoluée : le père s’est retrouvé de plus en plus impliqué dans les soins, etc. relatifs aux enfants. Bowlby ne parlait pas d’attachement père enfant, à cause du contexte de son époque, et de son appartenance au mouvement psychanalytique (qui situent le rôle du père assez tardivement dans le développement de l’enfant). Il parle de monotropie de l’attachement.
Monotropie : concept selon lequel l’enfant a tendance à s’attacher à une et une seule figure principale.
Schaffer et Emerson, deux auteurs américains, ont montré en 69 que le bébé dès sa première année peut établir plusieurs figures d’attachement du moment où ce sont des personnes qui s’occupent de lui. Ces travaux ont influencé Bowlby et Ainsworth et les ont conduit progressivement à admettre que le père pouvait être une figure d’attachement même si la mère gardait sa fonction de principale figure d’attachement : c’est un système d’attachement hiérarchisé. Le père est considéré comme figure d’attachement secondaire / auxiliaire. On s’est ensuite posé la question de savoir si le type d’attachement était toujours le même entre père et mère d’une même famille. Des expériences ont montré que ce n’est pas le cas. L’enfant pouvait vivre des expériences différentes avec chacun de ses parents, et donc éprouver un type d’attachement différent avec chacun d’entre eux. Beaucoup de chercheurs ont étudié le tempérament de l’enfant et pour eux contrairement à Ainsworth ce ne serait pas les différences de comportements des parents qui seraient à la base des types de comportement mais le tempérament de l’enfant. Au départ Bowlby pensait que le mode de garde pouvait influer sur le type d’attachement. Pour lui le fait d’être élevé par une nourrice rend la strange situation inadéquate car ils ont l’habitude d’être séparés de leur mère. Celle-ci est moins stressante pour eux. On a aussi montré que des attachements secondaires apparaissent avec les auxiliaires de crèches et qu’ils ne sont pas nécessairement identiques que ceux avec leur mère. On pense aussi que l’influence du milieu social peut aussi être à la base des différences entre types d’attachements, et qu’il pourrait y avoir une approche interculturelle dans la différentiation des types d’attachements.
|