Approche transversale du language Suggérer par mail
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Langage en psychopathologie

Persévération verbale : répétition d’une réponse à une question posée précédemment au cours de l’entretien.
La persévération verbale est observée dans les états confusionnels démentiels et schizophréniques.
Question posée.  
Ne répond pas tout de suite mais au bout de 3 – 4 minutes pendant l’entretien.
Le temps que la question intègre la logique du malade est ce qui fait que cette réponse se trouve décalée.

Impulsions verbale : productions verbales supplémentaires et involontaires – la plupart du tps de séries de mots injurieux ou grossiers. On les retrouve comme des tics, dans des cas de schizophrénie / paranoïa, ou de PMD.

Parasitage de la phrase : consiste en une perturbation de la phrase par un mot ou par un son (cri, sifflotement) sans aucun rapport avec le contexte.

Bégaiement : consiste en des répétitions ou blocages lors de l’émission du langage. Incapacité à émettre certains sons ou à enchaîner les mots.

La plupart des spécialistes différencient quatre éléments dans le bégaiement :
-    hésitation (la personne commence un mot mais ne le finit pas ou hésite à le finir – hésitation qui peut prendre plusieurs secondes)
-    répétition (la personne répète le mot ou la syllabe prononcée correctement précédemment)
-    prolongation (la personne prononce la syllabe ou le morceau de mot de manière prolongée)
-    blocage (personne dans l’incapacité de commencer un mot ou une syllabe)

Classiquement on repère trois formes de bégaiement :
-    bégaiement clonique : relation étroite avec les muscles de la bouche – la tétanie de ces muscles entraîne des répétitions en saccade de certains phonèmes ou sons
-    bégaiement tonique : contraction phonatoire avant l’émission précipité de la phrase : la personne déblatère à une vitesse très importante – elle semble se préparer (phase de latence où il y a un silence) puis lâche tout ce qu’elle a à dire très rapidement
-    bégaiement inhibitoire : blocage total et temporaire de la phonation précédant l’émission de la phrase : la personne semble vouloir répondre mais le son ne peut pas sortir.

Le bégaiement concerne 3 à 4 % des gamins – 1 % de la population adulte.
Le bégaiement apparaît en général jeune - vers l’age de 5 – 6 ans (pour certains enfant peut apparaître vers l’age de 7 8 9 10 ans) - mais peut aussi et plus rarement pendant l’adolescence.
Les garçons sont les plus concernés (comme pour l’obsession – contrairement à l’hystérie (ce sont les filles qui sont les plus concernées – phobie 50 50 % par contre) : 5 garçons pour 1 fille – dans 75 % des cas le bégaiement est un trouble transitoire et qui va disparaître sans traitement particulier.  
Anxiété et stress favorisent l’apparition du bégaiement.
Des chercheurs ont observé les mouvements respiratoires des bègues et ont constaté une désorganisation complète des mouvements respiratoires au moment du bégaiement – ils parlent d’une catastrophe respiratoire qui contraste avec l’absence d’anomalies respiratoires en dehors de l’élocution (aucune maladie réelle) – la thérapie va donc consister en un réapprentissage du contrôle de la respiration. Remarque : le bégaiement est un handicap, pas une maladie.
Certains adultes bègues deviennent de véritables infirmes sociaux car le bégaiement peut perturber significativement le système relationnel social et professionnel – le fait de ne pas pouvoir s’exprimer correctement provoque une réclusion de l’individu.

LES TROUBLES SYNTAXIQUES
Consistent en une fragmentation des propositions de la phrase ou un désordre des enchaînements entre phrases.
 
Fragmentation : un mot placé à la place d’un autre.

Ellipse syntaxique : la compréhension de la phrase est rendue difficile lorsque certains mots importants (verbe, sujet, etc.) sont supprimés – le sujet occulte ce genre de mots inconsciemment. Dans l’ellipse syntaxique l’occultation du verbe mais aussi d’autres mots modifie sensiblement le sens de la phrase.

Troubles de l’ordonnance verbale : les mots qui composent la phrase ne sont pas énoncés dans un ordre habituel (ex : on dit vous venir me voir).

Syndrome de Ganser : les réponses données par le patient à une question sont systématiquement des réponses données à côté, bien qu’il s’exprime par une syntaxe normale. Le sujet s’exprime normalement lors d’une élocution libre. Ce syndrome s’observe dans la confusion mentale – lors de certaines expériences de dépersonnalisation (étrangeté, dissociation de vécu psychotique).

Agrammatisme : définit la désorganisation syntaxique du discours – consiste à supprimer les articles, à ne pas conjuguer les verbes, à ignorer les adjectifs, à adopter un style télégraphique, à s’exprimer à l’aide de monosyllabes.

Schizophasie : désigne un trouble du langage parlé où le message est incohérent, incompréhensible, indéchiffrable (« salade de mots ») typique du schizophrène – l’incohérence idéo verbale qui reflète la désorganisation de la réalité. Le pourcentage de schizophrène est de 6% dans la population.  

LES TROUBLES SEMANTIQUES
Caractérisé par l’altération du sens des mots ou des figures du discours.
Le langage perd sa fonction première de communication et est alors utilisé de façon automatique et le patient devient une machine à parler. Certains patients inventent des mots – les détournent de leur sens habituels. Certains patients vont créer un langage privé compréhensible uniquement par eux même.

Néologies : créations linguistiques – le patient crée des mots nouveaux qui peuvent être des mots tronqués, ou comportant des phonèmes inversés. Les néologismes introduisent un hermétisme dans la communication.
Tronqué ex : tricoce (triste et féroce) hallucifollant >> contraction de mots
L usage de néologisme est pathologique lorsque la création verbale ne sert plus à la communication et n’appartient plus au lexique commun en usage. Le néologisme traduit une altération du rapport à l’autre (défaut de communication – de relation) d’où l’usage fréquent de néologismes chez les schizophrènes. Se rencontrent aussi dans les discours délirants persécutifs où le persécuteur peut être nommé par des néologismes.

Paralogisme : désigne un détournement des mots de leur sens courant, le sens du mot devient personnel et étranger à la convention commune – au sens commun général.

Glossolalie : le patient crée un langage privé, une véritable langue personnelle, un paralangage uniquement compréhensible par lui même. Il s’agit d’une langue étrangère de prime abord pour le clinicien – il peut apprendre à la traduire si il réussi à décoder le vocabulaire, les règles grammaticales et syntaxiques. La glossolalie consiste en des énoncés dépourvus de sens mais qui vont conserver une structure syntaxique rudimentaire.

Glossomanie : est un langage qui n’a de sens ni pour son auteur ni pour son auditoire. Le discours est ludique et sans valeur. Ce pseudo langage s’observe lors des épisodes aigus, notamment maniaques.


Psycholinguistique

Définition de la psycholinguistique actuelle
Caron : « Précis de psycholinguistique », 1989

On peut définir la psycholinguistique comme l’étude expérimentale des processus psychologiques par lequel un sujet humain acquiert et met en œuvre le système d’une langue naturelle.

Etude expérimentale : méthode expérimentale en grande partie
Processus psychologique : processus qui ne sont pas directement observable
C’est l’étude du fonctionnement du langage dans une perspective de psychologie expérimentale cognitive.
Aujourd’hui la psycholinguistique est une branche de la psychologie cognitive (Kail, 1991)

D’où vient cette discipline ?

PSYCHOLINGUISTIQUE     PERIODE     CADRE CONCEPTUEL DOMINANT
Intérêt pour une étude psychologique du langage     fin XIXème     Psychologie expérimentale
Faible intérêt pour l’étude psychologique du langage    Première moitié XXème     Béhaviorisme / Psychologie expérimentale
    1949    Théorie mathématique de la communication (Shannon & Weaver, 49)
Plusieurs chercheurs trouvent dans cette théorie un cadre pour conceptualiser / pour cadrer l’étude du langage : naissance de la psychologie cognitive et de la psycholinguistique
--
Des psychologues (Osgood / Miller), linguistes et anthropologues se réunissent pour définir un projet de recherche commun autour du langage et second objectif : opérer un rapprochement entre plusieurs disciplines >>> là naît le projet commun de psycholinguistique : ils vont publier « La psycholinguistique : un survol des problèmes théoriques et des études » (53), ouvrage fondateur de cette discipline    Début des années 50     
Psycholinguistique de première génération : inspirée du modèle de Shannon et Weaver
Selon Osgood & al, l’être humain doit être conçu comme une unité de communication doté d’un pole récepteur et d’un pole émetteur qui lui permettent d’émettre et de recevoir des messages.
La psycholinguistique de première génération se définissait comme la sciences des processus d’encodage et de décodage dans la communication interindividuelle (Mehler & Noizet, 74).     51 – 60     idem
Psycholinguistique de deuxième génération : inspirée du modèle de Chomsky – modèle testé pendant pratiquement 20 ans par les psycholinguistes et qui a fortement influencé toutes les recherches de l’époque.     1960- 1970/1980     Grammaire générative/transformationnelle de Chomsky (« structure syntaxique »)
Psycholinguistique de troisième génération : cadre multiple - - le cadre général est celui de la psychologie cognitive     1980 – milieu des 90’s     Psychologie cognitive, Neuropsychologie cognitive (étude du fonctionnement normal à partir de cas pathologique (ex : dyslexie, etc..), Connexionnisme (simulation sur ordinateur du comportement humain – et ordinateur qui va s’autoprogrammer)
Psycholinguistique de quatrième génération      Début des années 95    Psychologie cognitive ?
Connexionnisme ?
Neuropsychologie cognitive ?
Neurosciences cognitives (programme de recherche pluri disciplinaire sur le fonctionnement du cerveau)
Expériences de psycholinguistique

Beattie, Cutler & Pearson (1982).
Why is Mrs Thatcher interrupted so often? Nature, 300, 744-747

2 hypothèses pour ce fait
    Les journalistes l interrompent volontairement (Interruption volontaire)  
    Si elle était interrompue, c’est qu’elle fournissait des indices erronés aux journalistes qui laissaient penser à ces derniers qu’elle avait fini sa phrase

Il faut tester les hypothèses : ils ont prélevé quarante extraits d’un entretien télévisé avec un journaliste et parmi ces quarante extraits.
-    10 qui correspondait à la fin d’un tour de parole aboutit
-    20 qui correspondait au milieu d’un tour de parole
-    10 extraits qui était des énoncés qui précédaient l’interruption d’un tour de parole par le journaliste

Ces extraits étaient présenté VIDEO + SON / VIDEO SEULE / SON SEUL / FORME TRANSCRITE (sur papier)
On présente tous ces extraits à des sujets naïfs et on demande au sujet de juger pour chacun de ces extraits s’ils correspondent à un tour de parole terminé ou non - - procédure à choix forcé (oui ou non)

VD : pourcentage moyen d’énoncés jugés complets

Type d’extrait : vidéo (son et image)
Les tours de parole non interrompus sont jugés comme complets dans 83,5 % des cas
Les tours de parole milieu sont jugés complets dans 23% des cas
Les tours de parole interrompus sont jugés complets dans 40,1% des cas  

Ce résultat suggère que l’hypothèse des chercheurs est correcte puisque les énoncés qui précédent immédiatement une interruption par le journaliste sont jugé plus souvent complets que ceux prélevés au milieu d’un tour de parole

On a remarqué que en cas de transcription
Les tours de parole non interrompus sont jugés comme complets dans 63,5
Les tours de parole milieu sont jugés complets dans 50,5
Les tours de parole interrompus sont jugés complets dans 58,2

Les résultats obtenus en condition transcription suggèrent que le problème est plutôt d’ordre supra segmental ou non verbal que de nature segmentale
Supra segmentaux : intonation, regard, etc.
Segmental : énoncé pur (syntaxe)

Des analyses complémentaires ont montré que mme Thatcher gérait mal l’accentuation de ses énoncés et ses fixations oculaires. Elle regardait trop souvent le journaliste avant une interruption – cela donnait un signal au journaliste qui pensait devoir parler.

Bransford & Johnson (1972)
Contextual prerequisites for understanding : some investigations of comprehension and recall, Journal of verbal learning and verbal behaviour, 11, 717-726

Question de l’influence du contexte sur la compréhension de texte
Ont présentait aux sujets un texte – ils devaient évaluer leur compréhension sur une échelle
On demandait aussi de faire une tâche de rappel sur les idées du texte
On présentait ce texte soit avant, soit après la présentation d’une image qui lui était relié
Image > texte > rappel > évaluation
Texte > image > rappel > évaluation

Est-ce que le fait d’avoir l’image avant ou après influe sur la tache de compréhension ?
VD : nombre d’idées rappelées – score de compréhension

Quand contexte présenté après (texte>image)
3.3/7 de score de compréhension en moyenne  
3.6/14 idées rappelées en moyenne

Quand contexte présenté avant (image>texte)
6.1/7
8/14  

Le contexte (l’image) influence sur la compréhension et le rappel des idées d’un texte. L’effet facilitateur du contexte n’intervient que quand il est placé avant le texte – le fait de présenter le contexte après n’apporte rien à la compréhension.




Kutas & al (1984)
Word expectancy and event related brain potentials during sentence processing, in preparatory states and processes

On équipe les sujets d’électrodes destinées à capter les variations électriques de leurs cerveaux (potentiels évoqués endogènes)
On leur présente 160 phrases construites de manière à induire un forte prédictibilité du mot terminal.

3 conditions expérimentales
> relié prédictible (mot final est relié (même sens) et prédictible) Ex : elle appela son mari à son … bureau
> relié non prédictible Ex : elle appela son mari à son … secrétaire
> non relié non prédictible Ex : elle appela son mari à son … parapluie

On a constaté dans d’autres expériences que lorsque l’on rencontre une incongruité au niveau du cerveau se produit 400ms après la détection de l’incongruité une onde négative de forte amplitude (« l’onde n400 »).
Quand les sujets détectent l’incongruité, on constate toujours l’influence de l’onde n400.


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